lutte contre la marginalisation et l'ethonocidaire qui secouent le peuple touareg ..... vive la jeunesse touaregue qui se bat pour les ideaux des martyrs qui ont combattus pour sauver le peuple touareg .... ""VIVE TUMAST IN KEL TAMASHEQ ED TILLA"" .
Les frontières politiques actuelles, héritées de la colonisation, ont artificiellement découpé le territoire touareg en plusieurs parties intégrées à cinq pays différents : l’Algérie, le Niger, le Mali, la Libye et le Burkina Faso. Le pays touareg se définit par une communauté culturelle qui noue ses liens identitaires autour d’une langue, et sur la base d’une organisation familiale, sociale et politique.
CMA: Les Amazighs ont le droit de prendre leur destin en main... MALI:Municipales dans le calme... INFOS:, MAROC : L'anniversaire de SAR le Prince Héritier Moulay El Hassan, un moment fort participant de la symbiose entre le peuple et le Trône .... MAROC:SM le Roi préside à Fès un conseil des ministres ... MAROC: Le ministre de l'Intérieur appelle les électeurs à retirer leurs nouvelles cartes .... Mali / Otages Al-Qaïda au Maghreb pose un ultimatum à Londres.... MJN: Chaque jour que Dieu fait, l’Histoire donne raison au MNJ en faisant reconnaitre le bien-fondé et la légitimité de ses revendications..... MALI:les milices refusent d’être désarmés et ne respectent aucune loi..... Mali : quatre islamistes algériens arrêtés après un accrochage..... MALI:Décès de Mohamed Aly Ag Hamati dit Handawa MAROC:Le ministre de l'Intérieur appelle les électeurs à retirer leurs nouvelles cartes .... MAROC:mohamed hamada el_ansari élu membre de la l'association marrocaine de la presse electronique .... algerie:Abderrezak El-Para : “Je regrette ce que j’ai fait” ...

mercredi 20 janvier 2010

Les origines préhistoriques et paléoberbères des Touaregs à travers l'art rupestre saharien


Par Malika Hachide (Historienne)

Pour remonter aux origines préhistoriques et paléoberbères du peuple touareg, les spécialistes font appel à deux grandes catégories de sources: celle de l'archéologie et celle de l'histoire de l'Antiquité. Les sources archéologiques sont la paléo-anthropologie (l'étude des restes osseux11es monuments funéraires et l'art rupestre. Les sources historiques disposent de l'iconographie égyptienne et des témoignages des auteurs gréco-Iatins. Les architectures funéraires sahariennes se comptent par milliers] mais malgré l'excellente étude réalisée sur celles du Sahara méridional (Niger) (F.Paris) et secondairement celles du Tassili des Ajjer celles-ci n'ont pas encore livré tout leur potentiel de connaissances, notamment sur le type anthropologique physique des anciens Berbères qui y ont été inhumés. Les sources paléo-anthropologiques ne sont certes pas négligeables dans la région du Maghreb où des nécropoles ont livré quelques centaines de squelettes entiers de Mechtoïdes (Hommes des sites éponymes de Mechta-Afalou, en Algérie) et de Pro méditerranéens Capsiens (Hommes du site éponyme de Gafsa, en Tunisie). Mais, au Sahara où les collections sont plus réduites, éparses ou en attente d'analyses, iI est encore difficile d'avoir une vision claire des ancêtres possibles quoique nous sachions déjà que, là aussi, le peuplement des temps préhistoriques se partageait entre Mechtoïdes et Protoméditerranéens. Au Sahara central, dans les régions où le peuplement Touareg s'établira (Adrar des Ifoghas, Ahaggar Tassili des Ajjer, Tadrart Acacus et Tadrart méridionale, Air) la reconstitution de ce long cheminement historique et l'approche des lointains ancêtres des Touaregs doivent presque tout à l'archéologie, notamment l'art rupestre. Sans cet art, nous ne saurions que peu de choses sur les Premiers Berbères, sur leur apparence physique et leur vie quotidienne, leurs sociétés ou leur culture matérielle. Avec l'Antiquité, les témoignages écrits des auteurs gréco-Iatins (Hérodote, Strabon, Pline, Procope, Corippe ...), ainsi que des éléments historiques émanant du Proche-Orient, du monde égéen, des empires carthaginois et romains, mais aussi de l'iconographie de l'Egypte prédynastique et pharaonique vont apporter, à leur tour, une somme de connaissances; celles-ci, souvent recoupent les données archéologiques. Au Sahara central, les premiers Berbères apparaissent dès le Néolithique, la dernière et la plus brillante des civilisations du Sahara. On les appelle "les Protoberbères bovidiens" et leurs premières traces se manifestent vers 7000 ans environ. Ils vont évoluer en populations que l'on désigne sous le nom de "Paléoberbères", ces Libyens et Garamantesde l'Antiquité. Ils correspondent, dans le temps au début de l'Antiquité. D'autres vagues de migrations berbères se succèderont durant la périOde médiévale et moderne, notamment les grandes tribus chamelières Sanhadja qui fuient les conquêtes musulmanes pour s'établir au Sahara. Elles vont se sédimenter à la souche préhistorique et antique pour constituer la trame du monde touareg tel que nous le connaissons aujourd'hui. Ce cheminement historique millénaire résistera à toutes les adversités dont la plus éprouvante fut celle de survivre à l'âpreté du désert où le choix de rester libre guida ces nomades irréductibles.
C'est dans un Sahara encore vert, un foyer innovateur de la pensée et des techniques, que les Protoberbères bovidiens apparaissent, bénéficiant des derniers millénaires humides qui verdissent encore cette vaste région. Les plus anciens témoignages de la Berbérité sont donc des images, des fresques peintes et gravées datant des derniers millénaires de la préhistoire. La paléoclimatologie, les sites archéologiques et la faune sauvage reproduite par les peintures et les gravures montrent que le Sahara des Protoberbères se partageait entre la savane et la brousse, un paysage sur lequel régnait un climat de type sub-tropical, qui va, néanmoins, assez vite s'assécher: L'art rupestre et les ossements animaux découverts en fouille permettent de reconstituer toute une faune sauvage : éléphants, girafes, autruches, antilopes oryx et gazelles. Si le fleuve du Tafessasset avait gardé ses eaux, le désert n'aurait pas investi le Sahara : il serait devenu le Nil des Protoberbères dont le destin aurait été différent de celui d'avoir à lutter sans relâche pour la survie. Ils sont les riches héritiers de ce prodigieux progrès humain que fut la civilisation néolithique du Sahara, une des plus anciennes du monde, aussi ancienne et innovatrice que celle du fameux croissant fertile au Moyen- Orient. Quand, il y a 7 000 ans, les aristocrates protoberbères habillés de leurs beaux atours occupaient le Sahara, le nord de l'Europe découvrait à peine la poterie et l'Egypte n'était ni le territoire unifié, ni le pôle fondateur qu'elle deviendra deux milles ans plus tard. Comparés aux autres grandes ethnies de ce Sahara préhistorique, ces Protoberbères dénotent, car ils ne donnent pas l'impression de simples communautés de pasteurs-chasseurs, mais d'une véritable société construite autour d'usages, de conventions et de valeurs visiblement élaborés. Dans leur art, les signes extérieurs de l'abondance ne peuvent tromper: C'est un peuple civilisé comme le manifeste le soin apporté à la coiffure, au vêtement et à la parure, l'élégance de la pose et du geste, la qualité des relations humaines dominées par un haut niveau de convivialité où les scènes de palabres prennent l'allure de cérémonies de cour: On peut considérer leurs peintures comme l'un des points culminants de l'art rupestre saharien. Enfin, ces images préfigurent le statut privilégié de la femme touarègue. La société protoberbère était déjà constituée de plusieurs groupes se différenciant par la manière de se coiffer de s'habiller et se peindre le corps et peut-être même de parler le berbère avec chacun ses particularismes. Elle se différenciait également par des traditions funéraires diversifiées, chaque groupe ayant son type de sépulture et de monument cultuel.

L'art préhistorique de cette Berbérité naissante révèle déjà une des caractéristiques de cette ethnie: une inclination à la valeur guerrière et à la noblesse, étroitement liées au prestige social. On peut imaginer sans beaucoup se tromper que ce peuple était déjà porté par une valeur fondamentale: le code de I'honneur: C'est avec les Protoberbères que va se mettre en place l'appareil social et idéologique qui génèrera la civilisation paIéo-berbère puis la civilisation touarègue comme en témoignent les thèmes privilégiés de leurs fresques et le gigantisme de leurs monuments funéraires. Les Protoberbères bovidiens sont essentiellement des pasteurs qui élèvent des breufs (d'où leur nom), des chèvres et des moutons. Ils excellaient à la chasse. Seminomades, leurs habitats étaient diversifiés : courtes haltes quotidiennes autour d'un foyer, vastes abris-sous-roche réoccupés à chaque saison, campements de plein air avec des cases pour un plus long séjour. Ils confectionnaient des nattes qu'ils utilisaient comme velum de leurs cases de forme circulaire. Des peintures rupestres représentent des femmes protoberbères mettant en place ces cases exactement avec les mêmes matériaux et les mêmes gestes que les femmes touarègues d'aujourd'hui. La cueillette était un important appoint dans leur alimentation, notamment celles des graminées sauvages dont ils faisaient une abondante consommation. Disposant de vastes champs de graminées faciles à cueillir ces hommes bien que connaissant l'agriculture, ne semblent guère y avoir eu recours, car les traces de ces activités sont très ténues dans les fouilles archéologiques (pollens, graines).

Le quotidien de ces Protoberbères n'était pas fait que de corvées: ils avaient leurs loisirs, leurs jeux; il pratiquaient des cérémonies et des rituels que l'on retrouve, pour certain d'entre eux et de manière identique, dans les Touarègues.

Les Protoberbères ont un art très dynamique et libre : l'agitation des campements, les compositions très animées de rencontres et de palabres, de chasses très mouvementées, de divertissements, danses et jeux acrobatiques, les scènes d'échange de plumes -un geste d'hospitalité et de courtoisie, ou une sorte de reconnaissance de statut- les réunions animées de palabres et de discussions, le défilé des troupeaux sous la houlette du berger... Tout est toujours et partout en mouvement.
Les femmes protoberbères ont des formes opulentes et sont très élégantes. On les voit installer le campement, recevoir les hôtes d'importance et leur proposer de se désaltérer; elles ont la responsabilité du troupeau et de la traite et elles participent à la chasse. Elles sont le plus souvent vêtues d'une robe, avec, parfois, dessous, un pantalon; sur cette robe, elles portent une peau de bête nouée autour de la taille. Cette peau prendra une importance majeure avec les Paléoberbères de j'Antiquité. Hérodote, historien grec qui écrit au Ve siècle avant j.-C., nous apprend que les Grecs ont emprunté aux femmes libyennes la peau de chèvre, sans poils et teinte en rouge, et qu'ils en ont fait l'égide de la déesse Athéna. Cette égide annonce un autre vêtement, ce pan de tissu que les femmes de certains groupes berbères nouent, aujourd'hui encore, autour de la taille et que l'on appelle "fotta" chez les kabyles (Algérie). La linguistique confirme que la racine berbère RYD " chevreau " est peut-être à l'origine du mot grec " égide " (aigis, aigidos], "peau de chèvre", attribut de la déesse Athéna (S.Chaker).

Les hommes protoberbères sont fins et élancés. Ils vont souvent torse nu, une jupe pagne touchant aux genoux, parfois fendue sur le devant. Ils portent aussi une peau de bête autour des reins, ou attachée plus haut, au niveau des épaules, comme une cape. Ces capes manteaux ont parfois un capuchon et on pense, immédiatement, au "burnous" de nos Berbères montagnards. C'est exactement ce vêtement, confectionné dans du cuir, que portaient, il n'y a pas longtemps encore, les Touaregs de L'Air: II existe des habits bien plus riches et élaborés, avec foison de volants, festons, effilochures, passementeries, d'accessoires divers accrochés ça et là, une richesse vestimentaire qui est celle des tenues d'apparat. Les hommes et les femmes portaient des toques garnies de plumes quand celles-ci n'étaient pas fixées dans les cheveux.

C'est avec les Protoberbères qu'apparaît pour la première fois un trait culturel fondamental que nous n'hésitons pas à considérer comme le plus ancien témoignage de l'identité ethno-culturelIe berbère au Sahara, un trait que les Touaregs ont conservé. Il s'agit du port du double baudrier: il s'agit de deux cordons croisés sur la poitrine, puis attachés autour de la taille. Chez les Touaregs, on les nomme les elmejdûden (en tamâhaq) : le baudrier croisé symbolise l'action et la valeur guerrière et était appelé "cordon de noblesse" par les explorateurs et militaires européens du XIXe siècle.

C'est avec les descendants des Protoberbères bovidiens, les Paléoberbères Libyens, que le baudrier prend toute sa signification guerrière. Sa figuration dans les peintures égyptiennes tend à montrer qu'il pouvait avoir une signification encore plus importante: porté par les hommes, les femmes et même les enfants, il pouvait être considéré comme une sorte de" nous" collectif exprimant une véritable identité ethnique. Chez les Protoberbères, ce baudrier entre dans la composition de scènes reproduisant un rituel lié au combat et à la chasse. Avec les Touaregs, le baudrier croisé entre également dans l'initiation des adolescents au combat comme le révèle la fête de la Sebiba de Djanet (Algérie). Ce sceau identitaire de la Berbérité, comme l'égide d'Athéna empruntée par les Grecs, auront donc traversé près de 7000 ans !

Les peintures protoberbères représentent généralement une classe sociale au statut social privilégié; les caractéristiques de ce statut sont aisément identifiables: il s'agit des peintures et des tatouages corporels, des plumes dans les cheveux, du baudrier croisé, du bandeau frontal, du bâton de jet que les personnages tiennent à la main, arme de la bravoure et l'emblème de l'autorité. Ces individus sont représentés systématiquement associés à un mouton dans des scènes où les qualités physiques, compétitives et guerrières sont mises en relief; on y voit d'autres armes comme le javelot, l'arc et plus rarement un petit bouclier. Tous ces éléments culturels constituent des instruments de valorisation participant à la reproduction des élites sociales.

La pratique du tatouage et de la peinture corporelle chez les Paléoberbères de l'Antiquité représentait le signe extérieur de l'autorité et de la noblesse. Elle était déjà largement en usage chez les Protoberbères dont le corps est fastueusement peint, jusqu'au visage. On voit apparaître dans cette parure corporelle, ainsi que le décor des vêtements, de nombreux motifs géométriques: ils annoncent les signes et symboles caractéristiques de l'art berbère. Dès l'extrême fin du VIle millénaire BP. et le VIe millénaire BP., les souverains et dignitaires protoberbères se font enterrer dans de prestigieuses sépultures. Il s'agit d'une architecture de tombes et de sanctuaires monumentaux construits en pierres sèches. Au Sahara méridional (Niger) où des fouilles systématiques ont été entreprises, si on a découvert de nombreux squelettes, le mobilier funéraire reste rare, les poteries exceptées. Dans l'état actuel de nos connaissances, l'art rupestre reste donc l'unique document qui se prête à la reconstitution de la culture matérielle des Protoberbères bovidiens (ainsi que des Paléoberbères d'ailleurs). Ces sépultures monumentales sont l'expression d'une idéologie du pouvoir et le reflet d'une hiérarchie sociale au sommet de laquelle régnaient les membres de lignages dominants. La grande variété typologique des architectures funéraires et leur régionalisation reflètent la structure du peuplement protoberbère puis paléoberbère, chaque groupe faisant usage d'un type de tombe précis, parfois pour marquer son territoire. Cette régionalisation révèle donc l'existence de véritables tribus et confédérations, dont les particularismes n'effaçaient pas les traditions communes. C'est ainsi que seront organisées, plus tard, les sociétés touarègues. L'orientation systématique de ces monuments funéraires vers l'Est correspond à un culte des astres sur lequel nous reviendrons.


Des Protoberbères aux Paléoberbères
Aux Protoberbères bovidiens de la préhistoire et du Néolithique succèdent les Paléoberbères de l'Antiquité; on les appelle Libyens. Ils possèdent des chevaux et des chars, des armes et autres objets en métal et inventeront une écriture. Ils sont révélés par l'art rupestre saharien et l'iconographie égyptienne vers la fin du IVe millénaire avant j.-C. Au cours de l'Antiquité, les Grecs faisaient la distinction, en Afrique, entre les peuples indigènes, les Libyens et les Ethiopiens, et les peuples étrangers, c'est-à-dire les Phéniciens et eux-mêmes. Etre Libyen signifiait donc être africain et blanc, mais non égyptien. Les Libyens orientaux, qui vivaient dans les régions situées depuis le Delta du Nil jusqu'à la Marmarique et dans tout le Désert Libyque, étaient organisés en tribus et en grandes confédérations, chacune ayant un nom. Parmi les plus importantes se trouvait celle des Rebou ou Lebou, qui est très tôt mentionnée par les chroniques égyptiennes par les consonnes" R B W ". Le terme est repris par les Grecs qui en firent usage pour désigner le continent africain [comme le monde le connaissait à l'époque); le premier ethnonyme des Berbères, "Libyens" fut donc celui de l'Afrique, "Libye".
Les Paléoberbères du Sahara que nous appelons donc les "Libyens sahariens" sont les cousins et voisins des Libyens orientaux; ils sont contemporains des premières civilisations historiques de la Méditerranée comme l'Egypte, Mycènes, Crète, Carthage, Grèce et Rome, Byzance pour ne citer que les plus proches. Ces Libyens ont le plus souvent été présentés comme des peuples passifs hors du champ de l'histoire, sauvés de l'oubli par les témoignages écrits des autres, alors qu'ils ont contribué à écrire celle-ci en Méditerranée.
Dès la préhistoire, les Libyens orientaux et les Egyptiens furent en contact à travers le fracas des armes et des batailles (Prédynastique, fin du IVe millénaire avant j-C.). Ces audacieux voisins des pharaons comptaient quatre grands groupes: les Temehou, dans le désert, le long de la rive occidentale du Nil, les Rebou ou Lebou, les Tehenou et les Meshwesh, sur les côtes de la Méditerranée, depuis le Delta du Nil jusqu'à la Marmarique, la Tripolitaine et la Cyrénalque. On sait que des groupes libyens vivaient dans le Delta, le long du Nil et dans les oasis du Désert Libyque i ils contribuèrent ainsi au peuplement de l'ancienne Egypte. Les grandes tribus et confédérations libyennes, seules ou alliées aux Peuples de la Mer, s'attaquèrent plus d'une fois aux pharaons, constituant un danger permanent sur la frontière occidentale de cet empire.


Tribulations d'une ethnie
C'est au Nouvel Empire (notamment de 1307 à 1070 avant j.- C.), que la menace des Libyens orientaux fut la plus grande: alliés aux Peuples de la Mer venus de Lycie, d'Etrurie, de Sicile, de Sardaigne, d'Asie Mineure (sous la poussée d'invasions indo-européennes dans les Balkans qui les fait aboutir aux côtes africaines et débarquer en Marmarique, en transitant par la Crète), ils vont faire trembler la puissante Egypte des pharaons. Au cours du règne de Mineptah (1224-1214 avant j.C), l'Egypte doit faire face à une formidable coalition des Peuples de la Mer et des Libyens orientaux avec les tribus des Lebou, des Temehou, des Meshwesh et des Kehaka. C'est un chef libyen, Meghiey, fils de Ded, roi des Lebou, qui commande les coalisés dont le nombre s'élève à 20 ou 25 000 guerriers. Que ce soit Meghiey qui fut choisi pour diriger cette impressionnante coalition prouve la puissance de ces Libyens, leur capacité à s'organiser et à s'attaquer à l'un, sinon le plus grand empire de la Méditerranée antique. Le fait que les attaquants libyens soient de véritables immigrants, des tribus entières d'hommes, de femmes et d'enfants, transportant avec eux tous leurs biens, montre qu'ils fuyaient l'aridité de leur pays pour l'abondance de la vallée du Nil. L'iconographie égyptienne a abondamment représenté les Libyens orientaux, notamment leurs rois. Ces souverains sont vêtus de la tunique royale nouée sur l'une des deux épaules. La cape des Libyens représentés sur les rochers du Sahara (Tassili des Ajjer; Ahaggar, Tadrart Acacus et méridionale) est identique à la tunique des Libyens orientaux des fresques égyptiennes. Comme eux, d'ailleurs, ils portent le baudrier croisé et les plumes dans les cheveux. Libyens sahariens et Libyens orientaux faisaient partie de la même grande famille des Libyens de l'Est [occupant les territoires de la Libye, la Tunisie et la région occidentale de l'Egypte actuelles1 eux-mêmes cousins des Libyens occidentaux [habitant les régions de l'Algérie et du Maroc actuels).
Le contexte socioculturel des Paléoberbères offre de nombreuses similitudes avec les Touaregs d'aujourd'hui, à tel point que nous ne pouvons qu'admettre que leurs lointains ancêtres -les Protoberbères bovidiens du Néolithique, puis les Libyens sahariens des débuts de I'Antiquité- constituent assurément la souche la plus ancienne du peuplement touareg. Les souverains des Libyens orientaux portent sur la tempe la" tresse berbère ", une coiffure caractéristique que les explorateurs européens, abordant le pays touareg au XIXe siècle, ne manqueront pas de signaler [par exemple Heinrich Barth en 1851 chez les Touaregs de l'Air, au Niger).



D'autres fois, ils portent sur la poitrine le fameux baudrier croisé ainsi qu'un collier à pendeloque. Comme les Protoberbères, leur corps est orné de nombreux tatouages. Ces tatouages et les capes décorées des Libyens orientaux reproduisent les motifs caractéristiques de l'art géométrique berbère, comme le triangle, le losange, la ligne brisée ou la croix. Parmi ces tatouages, on identifie le symbole de la déesse Nit ou Neith. Tatouages et plumes sont réservés aux représentants de l'échelle sociale la plus élevée, comme le chef de la tribu des Rebou qui, figuré avec ses guerriers, est le seul de son groupe à être tatoué et à porter deux plumes, symbole du plus haut niveau de chefferie. Ces souverains ont le front ceint d'un bandeau frontal comme, plus tard les rois numides figurés sur les monnaies. Ils portent des bracelets aux avant-bras à l'instar de leurs descendants touaregs. Dans l'art égyptien, les souverains libyens ont les yeux foncés ou bleus, une courte barbe et portent des anneaux aux oreilles. Le chef de la tribu avait un pouvoir héréditaire. Chez les Alitemnii, on choisissait comme chef le plus rapide, et, pour l'assister le plus juste. On alliait ainsi force et jeunesse à l'expérience et la sagesse. Celui-ci était assisté d'un conseil. La société semble avoir été structurée selon des valeurs aristocratiques où le roi, qui deviendra un ancêtre héroïsé, constitue la valeur suprême.
La période paléoberbère de l'art rupestre saharien qui correspond à l'Antiquité est constituée de deux phases. La première, la plus courte, est celle des Libyens sahariens; la seconde n'est qu'un simple continuum des caractéristiques socioculturelles de la première, avec toutefois des éléments nouveaux d'une importance capitale: l'apparition des métaux et des premiers signes d'écriture. Parmi les peuples paléoberbères, l'entité saharienne la plus puissante, avec celle des Gétules, sur laquelle nous avons le plus de renseignements historiques, est celle des Garamantes. Tacite [historien latin, Ier-Ile siècles de notre ère) disait de ce peuple qu'il constituait" une nation indomptée ". Seul état organisé de l'Afrique intérieure au sud des possessions carthaginoises et romaines, les Garamantes représentaient une entité régionale considérée comme un véritable royaume dans la littérature gréco-romaine, un centre de pouvoir à la fois politique, économique et religieux. Nous avons donc choisi ce nom, en guise de terme générique, pour désigner les hommes et les femmes de la seconde phase de la période paléoberbère de l'art rupestre saharien, descendants directs des Libyens sahariens.

Dans l'art rupestre, les personnages garamantiques portent une tunique en cuir, tombant à mi-cuisse et serrée à la taille qui leur donne une allure de diaboloj c'est la raison pour laquelle les spécialistes les ont aussi appelés" les bitriangulaires "o Comme le baudrier croisé, cette tunique en cuir a eu une longévité historique remarquable: ce vêtement en cuir souple s'est conservé jusque chez les Touaregs, chez les Isseqqamaren de l'Ahaggar par exemple, et l'on peut en voir un bel exemplaire exposé au musée du Bardo à Alger.

Guerre, luxe et aristocratie
Hérodote nous présente le Sahara comme un désert infernal inhabité et si on devait s'en tenir à l'histoire, sans les peintures et les gravures rupestres d'une part, et les monuments funéraires d'autre part, les Libyens sahariens n'auraient jamais existé. Ces sahariens, comme leurs prédécesseurs, se présentent comme une aristocratie guerrière. Le signe de leur autorité était le bâton de commandement qui avait valeur de sceptre. Dans les années 1930, les chefs touaregs tenaient encore cet emblème à la main, appelé " talak " en " Tamâhaq " .
Un des thèmes les plus caractéristiques de l'art paléoberbère est celui que nous avons individualisé comme" la danse des bâtons" : deux ou plusieurs hommes se font face et croisent leurs bâtons comme s'ils sautaient ou dansaient. Ce genre de scène évoque une danse bien connue des Libyens orientaux, plus exactement les Temehou chez lesquels il s'agissait d'une danse guerrière [peut-être même des préparatifs de guerre); les Temehou dansaient en entrechoquant leurs bâtons de jet! Encore une fois, la danse des bâtons est encore pratiquée par les Touaregs. Les Touaregs portent un poignard attaché à l'avant-bras: le type de fixation de cette arme est déjà représenté chez les Libyens sahariens, il y a près de 1 500 ans avant J-C. Pourtant, cette façon d'attacher son poignard n'est signalée qu'au Vie siècle de notre ère par Corripe. Les Libyens sahariens portaient, attachés en bandoulière, des poignards similaires aux dagues métalliques de leurs cousins, les Libyens orientaux. Ce port est identique à celui qui avait cours chez les peuples de la Méditerranée orientale : c'est ainsi que les fantassins grecs de l'armée de Pharaon ou les guerriers Poulastii, un groupe des Peuples de la Mer portaient la grande épée, dite" mycénienne ".

Parfois, les Libyens sahariens ont de véritables casques évoquant aussi le casque mycénien. Ces éléments montrent que les Libyens au centre du Sahara ne vivaient pas isolés et qu'ils avaient connaissance des peuples et des cultures de la Méditerranée orientale. Les Libyens sahariens n'ont ni l'allure de chasseurs ni celle de pasteurs, mais celle de personnages princiers. Ils sont d'une élégance et d'un raffinement de cour royale. Les listes de butins soigneusement consignées par les scribes égyptiens laissent deviner un luxe et un train de vie surprenants. Ce n'était pas de frustres nomades: hommes et femmes appréciaient les belles toilettes, buvaient et mangeaient dans de la vaisselle de bronze.

La femme libyenne a une position sociale et politique semblable à celle de l'homme. Elle porte le baudrier croisé et fixe des plumes dans ses cheveux i elle tient le bâton de commande- ment à la main et peut-être armée d'un javelot et d'un bouclier. Les auteurs grecs et latins ont écrit qu'elle dirigeait des chevaux et des chars et qu'elle combattait aux côtés des hommes: c'est ce que confirment les peintures rupestres. Son rôle guerrier n'est donc plus à démontrer: Si on devait s'en tenir à nos traditions, le statut de nos ancêtres femmes, rend injuste celui qui nous est aujourd'hui imposé.

Des chevaux et des hommes
Le statut guerrier de ces personnages est également mis en valeur par l'apparition du cheval et du char. En effet, les Paléoberbères vont faire une acquisition de taille: celle du char et du cheval, deux éléments qui vont devenir l'instrument idéal de leur suprématie. Les Paléoberbères étaient les plus redoutables cavaliers et conducteurs de chars quel' Antiquité ait connus. Ils montaient à cru, une monte unique en Méditerranée qui faisait l'étonnement de tous les auteurs gréco-Iatins qui n'ont pas manqué de souligner leurs talents équestres. Ils étaient sollicités sur les champs de bataille de la Méditerranée où, souvent, c'est grâce à leur adresse et leur bravoure que des victoires étaient remportées par les Carthaginois, les Perses ou les Romains. Le char était un véhicule pour la chasse, la course, et surtout la guerre ; il était aussi un objet de parade et de prestige, prérogative des chefs, des guerriers et des dignitaires. Le système d'attelage du char à une barre de traction, placée sous le cou du ou des chevaux, a été inventé par les Libyens sahariens. Ce n'était pas un mode de traction mais un procédé de dressage. On considère que les Paléoberbères ont mis au point le plus vieux " manuel de dressage et de ménage " O.Spruytte]. Hérodote écrit que ce sont les Libyens qui ont appris aux Grecs à atteler à quatre chevaux. Ils ont également inventé une roue inconnue de l'Antiquité, une roue qui pouvait se monter et se démonter sans aucun outillage; le nombre élevé de rais, huit par exemple, avait un effet ralentisseur sur un côté du char, ceci dans Je dessein de contenir un cheval trop rapide lors du dressage.
En inventant l'attelage par barre de traction et une roue d'une minutieuse industrie, les Paléoberbères du Sahara ont non seulement démontré leurs capacités technologiques, mais ils ont aussi apporté leur contribution à l'évolution technologique de la civilisation méditerranéenne en mettant au point " une méthode de dressage absolument originale et jusqu'ici insoupçonnée" O.Spruytte).Associée à l'usage de timons multiples, cette méthode permettait de dresser des chevaux à l'attelage en huit jours comme l'a montré l'expérimentation archéologique réalisée par l'équipe de Jean Spruytte, spécialiste du cheval dont les travaux sur la tradition équestre nord-africaine ont précieusement éclairé les archéologues. Les Libyens orientaux et sahariens, loin de vivre
en marge des grands évènements historiques de l'Antiquité ont incontestablement participé au grand mouvement de la charrerie méditerranéenne. Si, dès le milieu du Ille millénaire avant J-C, les Libyens sahariens possédaient des poignards et des dagues importés de la façade méditerranéenne (auprès des Egyptiens, des Mycéniens ou des Asiatiques11eurs successeurs, les personnages garamantiques fabriqueront eux-mêmes leurs armes métalliques à partir de minerais et d'un savoir métallurgiste locaux. La métallurgie du cuivre (et dès lors du bronze) au Sahara méridional
remonte au IXe siècle (Niger) et Ville siècle (Mauritanie) avant j-C Puis, les Paléoberbères du Sahara inventent la métallurgie du fer en même temps que l'Egypte ou la Mésopotamie, il y a environ 3000 ans (massif du Termit, Niger). Il a donc existé au Sahara un véritable foyer autochtone africain d'invention métallurgique.

Un habitat paléoberbère, le site d'lwelen (Aïr Niger), a livré des pointes de lance en cuivre. Il a été daté entre 830 plus ou moins 40 BC et 195 plus ou moins 50 BC en âge 14C calibré. Les précieuses datations du site d'lwelen permettent d'établir une chronologie de la période paléoberbère. Les pointes métalliques d'lwelen sont identiques à celles qui ont été gravées sur des rochers du même site et qui sont associées à des gravures de chars schématiques. Sachant que les chars peints au galop volant remontent à environ 1500 avant J-C et que ceux du site d'lwelen sont des chars schématiques qui leur sont postérieurs, sachant que ces derniers sont associés à un habitat daté du 1er millénaire avant J-C, c'est donc après 1500 avant J-C et avant 1000 avant J-C que les Paléoberbères sahariens aient découvert les métaux; c'est alors que les Libyens sahariens deviennent dans l'art rupestre les personnages garamantiques bitrangulaires brandissant des javelots à armature métallique (M.Hachid). On sait que les Touaregs sont le seul groupe berbère à avoir conservé l'usage de l'écriture. Leurs ancêtres, les Paléoberbères nous ont légué des milliers d'inscriptions sur les rochers du Sahara, des inscriptions de l'écriture libyque qui donnera le tifinagh (pluriel de" tafinek ") allant de l'Antiquité jusqu'aux temps présents. Le libyque appartient à la grande famille de langue dite"afro-asiatique ou afra-sienne" (anciennement appelée chamito-sémitique) à laquelle se rattachent des langues comme l'égyptien ancien ou le sémitique. Il recouvrait différents alphabets ayant des caractéristiques communes, mais dont l'expansion dans l'espace et le temps, a abouti à la diversification d'une partie des signes et de leur valeur Les alphabets en usage dans les régions sahariennes, territoires des Gétules et des Garamantes, sont malheureusement les plus mal connus et les plus mal situés dans la chronologie.

Des signes et des lettres
On savait néanmoins, par l'inscription gravée d'Azzib n'lkkis (Yagour Haut Atlas, Maroc) que cette écriture datait au moins des V I Ie Ve siècles avant notre ère et par le mausolée funéraire dit de " lIn Hinan " (AhaggaljAlgérie) que les tifinagh récents peuvent remonter au Ve siècle de notre ère. C'est chez les Paléoberbères sahariens que l'on trouve les plus anciennes inscriptions libyques (M.Hachid)j elles apparaissent plus précisément dans la seconde séquence de l'art paléoberbère saharien, celle des personnages gara mantiques, dans un contexte caballin. Comme les Garamantes bitriangulaires, elles sont donc apparues après 1500 ans avant J.C et avant 1000 ans avant j-C, c'est-à-dire dans la seconde moitié du second millénaire avant j-C. L'alphabet phénicien a vu le jour entre 1300 et 1200 avant j-C : c'est exactement la période à laquelle le libyque apparaît sur les rochers du Sahara, par conséquent, la contemporanéité de ces deux écritures ne permet pas d'envisager que le libyque soit issu du phénicien et encore moins du punique. Toutefois, des échanges ne sont pas impossibles.
D'autres éléments d'ordre archéologiques et historiques montrent que l'écriture libyque pourrait avoir une origine autochtone et une genèse locale. C'est ce qu'indique le fait que les plus anciennes inscriptions se localisent au Sahara central, bien loin des domaines phénicien et carthaginois et des zones d'influence punique. Un autre indice est celui de l'art géométrique berbère sur lequel nous allons revenir plus amplement. Les tifinagh anciens apparaissent avant l'arrivée du dromadaire au Sahara, mais on ne sait pas avec exactitude quand cet animal a atteint le désert.
Toutefois, le dromadaire est tout à fait repérable, par les témoignages historiques, dans le dernier siècle avant notre ère avant d'abonder dans la partie orientale de l'Afrique romaine dès les premiers siècles de notre ère. Les tifinagh anciens ne peuvent donc qu'être apparus au cours du dernier millénaire avant J-C, avant le dernier siècle (au moins). Ainsi, les tifinagh anciens ont au moins six siècles d'âge et les écritures libyques ont pu durer plus de 1000 ans. Nous avons déjà évoqué l'apparition de signes géométriques d'une grande diversité qui a pu donner naissance à une graphie locale. Les plus anciennes manifestations de ces motifs apparaissent avec les Capsiens du Maghreb (décor des objets utilitaires, art rupestre et mobilier), il y a environ 10000 ans. On les retrouve chez les Protoberbères bovidiens du Sahara Central, il y a 7000 ans (peintures corporelles et tatouages, décor des vêtements). Ils se multiplient avec les Libyens orientaux et sahariens, il y a 3500 ans. Dans tous ces groupes humains, constituant les premières étapes du peuplement berbère, du Maghreb au Sahara, on retrouve ce vieux stock de signes divers : c'est dans ce creuset iconographique, datant de la plus lointaine préhistoire, que des éléments ont pu se prêter progressivement à la mise en
place d'un langage idéographique primaire (M. Hachid). Ce n'est qu'avec les Paléoberbères Garamantes que ce système s'est orienté vers une forme scripturaire pour donner les premiers caractères d'écriture, dans la seconde moitié du second millénaire avant J-C. Les Paléoberbères, et peut-être déjà les Protoberbères bovidiens du Sahara et les Protoméditerranéens du Maghreb ont donc possédé des symboles ayant valeur de véritables idéogrammes, une graphie naissante porteuse de sens et issue de leur art géométrique. Assurément, ils ont dû l'améliorer au contact d'autres systèmes d'écriture et alphabets de la Méditerranée orientale. L'art géométrique berbère, qui pourrait avoir inspiré la genèse de la graphie libyque, se conservera jusqu'à nos jours dans les arts populaires (tissage, tatouage, peintures murales, sculpture sur bois, décor de bijoux, poterie. ..). L'ascension de l'élite protoberbère se continue avec l'élite aristocrate paléoberbère et se traduit dans les mentalités par une sorte d'exaltation de l'aristocratie et de la noblesse guerrière. Cette société était une société de chevalerie, de courtoisie où la musique et l'importance des sentiments décrivent une civilisation de raffinement. Certaines scènes de rapprochement sentimental entre couple préfigurent une tradition socioculturelle propre au monde touareg, celle de l'ahal, une soirée de divertissement qui se tenait au campement et rassemblait les adolescents. Ces jeunes gens y faisaient de la poésie, de l'esprit, de la musique et se choisissaient. Comme chez les Protoberbères, la société était mixte et la femme omniprésente. La femme touarègue héritera d'une grande partie de droits de ces prestigieuses ancêtres, droits qui lui sont progressivement ôtés par d'autres législations. Les Paléoberbères élevaient des bœufs, des ânes, des chèvres et des moutons; ils chassaient une faune relictuelle de girafes, rhinocéros, éléphants, une faune qui montre que le désert n'a pas encore complètement eu raison du Sahara, mais qu'il gagne à grands pas. Sur les parois, leurs artistes ont presque exclusivement représenté la classe dominante de leurs sociétés, des sociétés qu'on devine bien hiérarchisées, avec maîtres et sujets, et peut-être déjà des esclaves noirs, bien que les Mélanodermes de la Préhistoire, ces "Ethiopiens" de l'Antiquité et "Harratines" d'hielj soient de moins en moins représentés dans l'art paléoberbère. Comme les Protoberbères, les souverains paléoberbères se faisaient enterrer dans de grandes sépultures associées à des sanctuaires datés du IVe millénaire B~ Les vestiges que les fouilles y ont révélés montrent qu'ils étaient très proches des Touaregs actuels. Ces recherches ont montré que le tumulus à cratère peut être mis en relation avec des traditions augurant de la culture touarègue : au Sahara nigérien, la fouille de l'un d'eux a mis au jour une femme d'une cinquantaine d'années dont les vêtements et leur décor, ainsi que les motifs des bijoux, étaient de culture touarègue.
Croyances et mysticisme
Cette sépulture est datée entre le Ville et Xe siècle ; elle remonte donc au début de l'islamisation, mais ni cette femme ni sa tombe n'étaient musulmanes. Dans un autre type de sépulture, la bazina, on a découvert des poteries décorées, la réplique exacte des récipients en bois des Touaregs. Comme leurs ancêtres protoberbères, les Paléoberbères pratiquaient le culte des astres, essentiellement celui du soleil et de la lune, et s'adonnaient à quelques pratiques de divination.
Ces croyances sont révélées par l'orientation systématique vers l'Est de leurs monuments funéraires mais aussi par les témoignages historiques. Hérodote nous apprend que tous les Libyens sacrifiaient à la lune et au soleil et à nul autre dieu (à l'exception d'un groupe qui révérait aussi la déesse Athéna). Ibn Khaldoun, au XVe siècle, témoigne des mêmes croyances quand il écrit que l'Islam trouva en Afrique du Nord des tribus berbères qui confessaient la religion juive, d'autres qui étaient chrétiennes et d'autres encore païennes, adorant la lune, le soleil et les idoles. Le recours à l'incubation, c'est-à-dire à la divination par les songes sur les tombes des ancêtres morts, se pratiquait il n'y a pas longtemps encore chez les Touaregs. Nous y avons nous-mêmes eu recours avec l'aide d'une amie targuia. Les serments se faisaient aussi sur la tombe des ancêtres. L'existence de bétyles et d'images rupestres représentant de grands personnages, inhabituels dans cet art, tendent à indiquer un culte des ancêtres et de leurs mânes, ancêtres qui seraient devenus des héros mythiques. On a d'ailleurs conservé chez les Touaregs le souvenir de plusieurs saints antérieurs à l'Islam. Les rois des Libyens orientaux portaient des tatouages représentant le symbole de la déesse Nit ou Neith. Le Dieu Ash était considéré par les Egyptiens comme "le Seigneur des Libyens". On sait aussi que les Grecs ont emprunté des Dieux aux Libyens, notamment ceux qu'ils appelleront Poséidon et Athéna. Quant au dieu Ammon, que l'on vénérait dans l'oasis de Siwa (Egypte), et qui rendait des oracles, il était célèbre dans toute la Méditerranée. Pour se donner une ascendance divine, Alexandre le Grand n'hésita pas à traverser le Désert Libyque pour aller le consulter: Enfin, on sait que si plusieurs groupes berbères ont adopté le judaïsme puis le christianisme, leur toute première conversion à la religion musulmane fut celle d'un kharidjisme irrédentiste, répondant à la conquête arabe. Sur le plan climatique, le Sahara est entré dans une phase de sécheresse qui dure jusqu'à nos jours. Mais la paléo-climatologie a établi qu'une pulsation humide est intervenue au cours du ter millénaire avant j-C; elle a certainement contribué à l'énorme progrès civilisationnel que les Paléoberbères sahariens ont alors accompli. Mais, une fois cette rémission achevée, l'aridité reprendra ses droits et aux alentours de l'ère chrétienne, elle fait basculer le Maghreb vers la Méditerranée, le séparant de l'Afrique noire. Alors, seul le dromadaire et la datte ont épargné au Sahara de se transformer en un désetotal, un désert d'eau et d'hommes. La vie se réfugiera dans les oasis qui deviennent des pôles de sédentarité, mais aussi de pouvoir: Quand le dromadaire se répand au Sahara, il s'intègre sans bouleversement dans ce monde paléoberbère qui demeure, à quelques nouveautés prés, le même dans sa culture et son atmosphère. Même si on ignore son origine exacte, le dromadaire fait très tôt partie du paysage nord-africain. Les témoignages écrits sont très peu nombreux au 1er siècle de notre ère, mais l'animal est de plus en plus mentionné aux Ille, IVe et Ve siècles, pour devenir omniprésent au VIe. Au Ille et IVe millénaires de notre ère, de puissantes tribus berbères en font un usage domestique, mais aussi guerrier et militaire. Au Vie siècle, Corripe et Procope relatent de véritables batailles entre ces tribus et les armées byzantine et vandale. Ces tribus chamelières sont en majorité signalées par les auteurs latins dans les régions orientales de l'Afrique romaine puis byzantine, à l'ouest du Nil, depuis la Cyrénaique jusqu'à la Tripolitaine. Pour certains, l'origine du dromadaire ne peut être qu'orientale et les invasions assyriennes de l'Egypte, aux VIlle et VIle siècles avant J.C, en seraient le premier relais vers l'Est et le Maghreb. Le roi Assarhadon traverse le désert de Sinai grâce aux chameaux prêtés par ses alliés arabes qui servent à transporter eau, vivres et autre matériel. Puis le dromadaire est mentionné en 525 avant J.C, lorsque Cambyse atteint la Cyrénaique. En 324 avant j.C, pour se rendre à Siwa, Alexandre le Grand fait transporter ses outres d'eau par des chameaux. Dans la partie orientale de l'Afrique du Nord, les invasions des uns et des autres ont fait usage du dromadaire, et ce jusqu'en plein pays libyen. Une autre hypothèse fait venir le dromadaire directement de l'Ethiopie, laquelle l'aurait reçu de l'Arabie par le détroit de Bab el-Mandeb. Les Paléoberbères de la fin de l'Antiquité qui adoptent le dromadaire évoluent dans un désert avec un environnement animalier très pauvre. La faune sauvage se réduit aux lions, à la gazelle, mouflon, antilopes, quelques girafes, félins et chacals. On se demande ce que serait devenu le Sahara sans le dromadaire. Non seulement, cet animal permit aux hommes de s'y maintenir; mais il renforça leur rôle économique, permettant par l'intermédiaire de la caravane de transporter toutes sortes de marchandises du Soudan vers la Méditerranée, et par là de mettre les sahariens en contact avec d'autres hommes, d'autres cultures. C'est grâce au dromadaire que les explorateurs iront plus loin vers le Soudan, et sans les compagnies méharistes, les militaires français auraient mis deux fois plus de temps à faire la conquête de ce désert impitoyable. L'art rupestre camelin est quasi-identique au monde touareg actuel. On y voit des méharistes chevauchant sans selle, armés du javelot et du bouclier rond, du POignard- pendant de bras, de l'épée droite à pommeau et double tranchant, de la cravache de chameau en cuir souple; ce dernier objet apparaît comme un signe de noblesse et de pouvoir que l'on pourrait mettre en relation avec la qualité de méhariste, sachant que, comme pour le cheval, seuls les nobles et les puissants avaient les moyens d'acquérir ces précieux animaux. Ces méharistes se représentent la plupart du temps dans des scènes de chasse et surtout de bataille où des caravanes sont interceptées et font l'objet d'une véritable razzia.
Souvent, face aux parois rupestres, nous sommes demandés s'il était possible de détecter à quel moment les chameliers Sanhadja-Huwwâra, l'étape la plus récente du peuplement berbère au Sahara, celle dont les Touaregs sont les plus directement issus, fait son apparition. Comment les populations qui ont précédé l'arrivée des tribus Huwwaâra, venant du nord dans leur fuite des conquêtes musulmanes, ont- elles accueilli ces nouveaux venus ? Certes, elles parlaient la même langue qu'eux et possédaient la même culture, mais c'étaient aussi des étrangers avec lesquels il fallait partager des territoires et des pâturages déjà bien maigres.
Protoméditerranéens de la Préhistoire, Libyens et Garamantes de l'Antiquité, Berbères du Moyen Age, enfin, Imazighen actuels : telle est l'extraordinaire permanence de l'histoire du peuple berbère. Parmi eux, les Touaregs sont certainement ceux qui illustrent le mieux cette exceptionnelle longévité puisqu'on peut établir sans doute aucun, des liens directs avec un peuplement préhistorique remontant au VIle millénaire dont ils ont conservé de très nombreux traits socioculturels comme nous espérons l'avoir démontré dans nos ouvrages. Peu de peuples sur cette terre peuvent se prévaloir d'une ancienneté aussi importante.
Melting pot
L'historiographie continue d'appréhender les sociétés en termes de manque ou de retard et ceci dans tous les domaines : qu'il s'agisse d'économie, de culture, d'administration, ou de l'insertion des hommes dans une histoire non pas passive mais transformatrice. Le Proche orient, l'Occident antique et moderne restent les références à partir desquelles sont déterminés les écarts. L'Egypte, la Grèce ou Rome sont désignées comme les seules cultures, les seules lumières du monde, les autres régions ne reflétant que de façon affaiblie les lueurs qu'elles en reçoivent. Hélas, il semble que l'histoire ancienne des Berbères, que la Protohistoire de l' Afrique du Nord aient été écrites sur ce seul critère discriminant Sans compter le fait qu'elles furent souvent tributaires de modèles souvent induits de l'Europe.
Il est nécessaire aujourd'hui de faire une appréciation civilisationnelle objective des Paléoberbères sahariens, parents pauvres de la Méditerranée antique, victimes d'un dialogue nord-sud de l'écriture de I'histoire, de les considérer pour eux-mêmes et non pas systématiquement par rapport à des pouvoirs dominants et des civilisations plus brillantes. Certaines conceptions ainsi qu'une terminologie anciennes, et, surtout orientées, ne peuvent plus avoir cours, car elles sous-tendent une approche subjective de l'histoire des peuples des rives sud de la Méditerranée trop souvent sou~ évaluée par rapport à celle des rives nord. La diffusion civilisationnelle et civilisatrice systématiquement orientée du nord vers le sud, cette écriture victime d'un dialogue nord-sud historique et européo-centrique ne peuvent plus être admises. Le changement ne peut que s'inscrire dans une terminologie nouvelle, plus précise et plus juste, dans une réécriture exprimant les connaissances à travers des critères et des conceptions objectifs.

photographies : ©Catherine et Bernard Desjeux, journaliste, reporter photographe :http://bernard.desjeux.free.fr
Chronologie de dix années d'événements survenus dans les régions de l'Azawad (région Touarègue du Mali), l'Azawagh et l'air (Niger)

Touareg du Mali - Touareg du Niger


Touareg du Mali : du conflit local à l’enjeu transnational

Le nord du Mali est secoué par un conflit entre Bamako et une guérilla touareg qui a augmenté en intensité depuis 2006. Mais le conflit date de l’indépendance du pays. Anne Saint-Girons rappelle que ce soit face au colonialisme français ou aux Etats indépendants malien et nigérien, les «hommes bleus» du Ténéré ont régulièrement pris les armes contre ceux qu’ils estiment être des envahisseurs et des oppresseurs. En 1914, les Touareg maliens sont les premiers à se révolter et à utiliser les armes contre l’administration coloniale française, considérée comme un asservissement. Les Touareg réclament «l’Organisation commune des régions sahariennes» (OCRS) correspondant à l’espace occupé et l’organisation d’un État. La France s’y opposa.
Le conflit au Mali
Après l’indépendance, l’administration et l’armée maliennes occupent les postes laissés par les administrateurs français, sans effacer l’impression d’oppression. Dès 1959, les Touareg se révoltent, et ne déposent les armes qu’en 1964. Les combats cessent, mais pas l’hostilité. Très vite un fossé se creuse avec la région de Kidal qui reste une zone dangereuse, interdite aux touristes et fortement militarisée. D’ailleurs, Gao, ville mythique, capitale des Askias (chef religieux) au XVIe siècle est la septième région du Mali mais aussi comme le point de départ du conflit qui frappe la partie septentrionale de ce pays. L’ensemble de la région du Nord est traversé, depuis l’accession du Mali à l’indépendance, par des rébellions armées (1962-1964) que les différents gouvernements ont essayé d’enrayer en vain par la répression. Le mot «Touareg» est lui-même révélateur. Il s’agit d’un surnom venu de la langue arabe, les nomades se nommant entre eux «Kel Tamasheq» (littéralement, ceux qui ont pour langue le berbère tamasheq). Rappelons que le Nord-Mali correspond à l’espace géographique des trois régions économiques et administratives de Tombouctou, Gao et Kidal, soit près des deux tiers du territoire national avec environ 10% de la population du Mali. Au Mali-Nord, les populations blanches nomades du Sahara (Touareg et Maures) cohabitent avec les populations noires d’agriculteurs et d’éleveurs. Les nomades s’opposent à l’autorité centralisée des Etats qui personnifient des frontières intangibles, en totale contradiction avec leur mode de vie et leur culture. Le conflit s’est aggravé avec l’accumulation des frustrations nées de discriminations entre populations noires et nord-africaines et entre sédentaires et nomades. Cet aspect relatif aux relations entre l’autorité centrale et les forces locales est mis en avant par Baba Dembélé et Boubacar Bâ qui étudient les conflits fonciers pastoraux et le manque de décentralisation. Pour eux, si les communes et les élus sont connus, leur rôle et leurs responsabilités dans le développement local sont encore largement ignorés, surtout quand il s’agit de la sécurisation de l’accès au foncier rural et aux ressources naturelles locales. Concernant cet important élément de la vie économique et des distributions des richesses, les responsables locaux sont jugés, au mieux impuissants, au pire, complices des spoliations. Les deux chercheurs estiment que «la politisation excessive des élus locaux et les promesses électorales répétées et non tenues ont fortement contribué à la décrédibilisation de la décentralisation». Un exemple est donné à travers la région de Saré Seyni, où la taxation de la transhumance est particulièrement mal vécue par les éleveurs, car considérée comme le symbole d’une augmentation inacceptable des coûts de la transhumance qui les conduit chaque année du Delta vers les pâturages du Mema, au Nord. En fait, les communes sont perçues comme de nouveaux prédateurs par les éleveurs qui versent dans l’incivilité. Pour Awanekkinnan, l’insécurité latente dans le Nord a fini par créer des conflits entre ethnies du Mali et plus seulement entre rebelles touareg et militaires du gouvernement. Celui-ci annonce, d’ailleurs, sporadiquement avoir tué ou arrêté des membres d’une milice rebelle anti-touareg. Ce type de groupe s’est multiplié. Un exemple. «Les fils de la terre», constitués d’une centaine de Peulhs et de Songhaïs, deux des autres ethnies représentées dans le Nord-Mali Ce groupe est dirigé par un ancien officier de l’armée et attaque régulièrement les Touareg. Ramifications régionales du conflit
Le conflit dans le nord du Mali dépasse les frontières de ce pays pour une multitude de raisons. Premièrement, la population touareg se trouve disséminée sur cinq Etats aux politiques différentes et aux relations changeantes. La communauté touareg compterait entre 1 à 1,5 million d’âmes éparpillées sur un territoire de quelque 2 million de kilomètres carrés occupés. Le Niger compte 7 à 800 000 Touareg, le Mali en abrite pour sa part près de 600 000, l’Algérie, 50 000 et la Libye 30 000. Aussi toute tension survenant au Mali -ou au Niger- a-t-elle des répercussions immédiates dans le pays voisin. Ce territoire reste extrêmement difficile à contrôler en raison de son immensité, des conditions de vie, de ses frontières passoires, de la facilité de mobilité, etc. De juteux trafics de cigarettes, de drogues, d’armes transitent par cette zone et alimentent l’instabilité. Deuxièmement, les populations se déplacent. A partir de 1972, la sécheresse persistante qui s’installe dans le nord du Mali décime les troupeaux, source principale de subsistance des populations nomades. Appauvries, elles cherchent refuge dans les pays voisins, notamment l’Algérie et la Libye. En Libye, les jeunes sont enrôlés dans la Légion islamique et reçoivent une formation militaire et idéologique. Mais la sécheresse n’est pas l’unique cause de ce regain de violence. Les analystes évoquent, en effet, deux autres raisons : le retour des jeunes exilés formés en Libye, qui avaient appris le métier des armes, et l’expulsion par l’Algérie d’environ 20 000 réfugiés. Certains de ces jeunes formeront les mouvements qui déclenchent les hostilités en juin 1990. Pour des raisons évidentes, les combats font peur aux habitants de la région du Nord. La solution se trouve, parfois, dans la fuite vers les pays voisins. Le Burkina Faso en fait partie. Selon Lassina Fabrice Sanou du quotidien burkinabé le Pays, des civils touareg du Mali cherchent refuge au Burkina Faso. Ils seraient devenus indésirables dans leur pays, parce que des membres de leur communauté ont pris le maquis contre le régime en place. Bon nombre ont opté pour l’exil vers les pays voisins. Entre mai et juin 2008, 900 réfugiés touareg sont ainsi arrivés au Burkina Faso, parmi lesquels 300 personnes –hommes, femmes et enfants– ont été logées dans un stade de la capitale, tandis que les autres sont restés à Djibo, près de la frontière avec le Mali. Selon l’un des réfugiés, Mohamed Alher Ag Abou, il y aurait même parmi eux des Nigériens, mais qui ne se sont pas encore déclarés comme tels. Le Niger connaît une situation analogue à celle du Mali. Les réfugiés ont dû abandonner tous leurs biens, et surtout leurs troupeaux, pour se réfugier au Burkina Faso.
Le terrorisme dans l’équation
Le troisième aspect de la régionalisation du conflit est d’ordre sécuritaire. L’ensemble des experts remarquent que la longue marginalisation du Ténéré des Kel Tamasheq est remise en cause par l’apparition d’enjeux géopolitiques nouveaux, à savoir la présence d’El Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) et de l’armée américaine. Les responsables de l’Alliance démocratique du 23 mai 2006 pour le changement ont nié toute participation avec le groupe terroriste du GSPC et ont tenu à dénoncer «ceux qui ont tenté en vain de porter atteinte à leur intégrité morale en prétendant que les combattants touareg collaboraient avec des éléments du GSPC et ceux qui ont essayé d’utiliser la résistance armée touareg pour combattre les salafistes». Une manière, selon le mouvement, de se «débarrasser des uns et des autres». D’ailleurs, des représentants du gouvernement malien et le mouvement touareg de l’Alliance démocratique du 23 mai pour le changement, ainsi que la médiation algérienne ont tenu en juillet 2009 une réunion à Bamako. C’était la première visite officielle des ex-rebelles touareg dans la capitale malienne. L’Alliance s’est engagée à coopérer avec le gouvernement malien en matière de lutte contre le terrorisme dans la région du Sahel. Les trois parties ont décidé de mettre en place une série de mesures destinées à renforcer le processus de paix dans le nord du Mali. Parmi les mesures décidées : la création d’unités spéciales de sécurité dans le nord du Mali. Selon Awanekkinnan, les dirigeants de l’Alliance démocratique du 23 mai 2006 envisagent d’internationaliser leur conflit auprès des Nations unies, l’Union africaine, l’Union européenne et divers organismes mondiaux. En se basant sur le droit international, le mouvement de l’Azawad voudrait soumettre un dossier comportant une demande d’appui de la communauté internationale à la revendication d’un «statut particulier» pour les territoires touareg, seul mécanisme, à leurs yeux, à garantir aux populations locales «la préservation de leur identité et d’assurer leur survie et leur développement socio-économique». L’Algérie : priorité aux négociations
En tant que peuple autochtone du Sahara, les Kel Tamacheq comptent également bénéficier de la reconnaissance internationale concernant leur liberté de circulation transfrontalière afin de pouvoir maintenir leurs liens ancestraux avec tous leurs territoires répartis entre plusieurs Etats (Mali, Niger, Libye, Algérie, Mauritanie, Burkina Faso) et leur garantir un «accès équitable aux ressources de leur terre et de leurs territoires». Un premier pas symbolique a été franchi avec le Conseil mondial amazigh (CMA), dont le président, Belkacem Lounes, a effectué une visite en 2008 dans la région touareg au nord du Mali pour rencontrer les dirigeants de l’Alliance démocratique. L’instabilité dans la région du Sahel a toujours constitué une préoccupation majeure pour l’Algérie. Les autorités algériennes ont toujours redouté des connexions entre les mouvements terroristes de l’ex-GSPC et les rebelles touareg. L’autre préoccupation de l’Algérie vient de la Libye. Considérant cette région comme sa zone d’influence, la Libye n’hésite pas à multiplier les initiatives différemment accueillies. L’une de ses initiatives a consisté à dépêcher, en 2008, une délégation de la Ligue populaire et sociale des tribus du Grand Sahara en vue d’une médiation de réconciliation entre les autorités du Mali et du Niger avec les rebellions touareg au nord de ces deux pays. Comme le souligne Youssouf Bâ, cette initiative mobilise des instruments de médiation fondés sur les rapports sociaux, culturels et civilisationnels. Ainsi la mission était-elle composée de chefs de tribus et notables de 15 pays issus de pays arabes et africains. Quoi qu’il en soit, l’Algérie a toujours posé deux conditions : premièrement, que les objectifs des Touareg ne soient pas liés à une revendication autonomiste ou sécessionniste ; deuxièmement, que les deux parties acceptent la médiation. A ce propos, Hassan Fagaga, le chef des Touareg qui avait, publiquement, exigé une large autonomie pour la région de Kidal, avait fait machine arrière et accepté la condition algérienne en 2006. Réunis à Alger, des dirigeants de l’Alliance pour la démocratie et le changement (ADC), réunissant différents groupes d’ex-rebelles touareg, ont appelé Bamako à appliquer strictement l’accord d’Alger, estimant que ses engagements n’ont pas été totalement tenus. Les participants ont demandé à l’Algérie d’intervenir auprès du gouvernement malien, tout en plaçant le gouvernement algérien devant ses responsabilités comme «garant de l’application de l’accord». Le mouvement de résistance note que seuls le désarmement et leur intégration dans l’administration ont été réalisés parmi tous les points exigés dans l’accord. D’autre part, le mouvement affirme que les combattants ont décidé de se retirer en dehors des zones habitées afin d’éviter les risques encourus par les populations civiles. Rappelons que l’accord d’Alger de juillet 2006 a été signé entre le gouvernement du Mali et l’ADC. Il prévoit, notamment, le développement des régions déshéritées du Nord malien, en grande partie désertique. Signé après l’insurrection de 2006, cet accord a fait suite à un dialogue entre les deux parties engagé avec l’appui de l’Algérie. Dès 2007, l’Algérie et le Mali ont mobilisé 1,15 milliard de F CFA (1,75 million d’euros) pour un fonds spécial dans le cadre de l’accord de paix signé, en 2006 à Alger, et prévoyant le développement des trois régions du nord du Mali (Tombouctou, Gao et Kidal). Le Mali a débloqué 650 millions de F CFA et l’Algérie 500 millions de F CFA. Cet accord faisait suite à l’insurrection commencée en mai 2006 après l’attaque des garnisons de Kidal et Ménaka par «l’Alliance démocratique pour le changement du 23 mai» (ADC). Sans prendre l’ampleur des crises précédentes, la médiation algérienne débouche, le 4 juillet 2006, sur les Accords d’Alger. Mais après un cessez-le-feu d’une année, des attaques et des enlèvements ont repris… Un nouvel accord d’arrêt du conflit est en gestation en juillet 2008. Toujours sous l’égide de l’Algérie, les deux parties en conflit avaient signé, en 1992, un «pacte national» prévoyant, notamment, des «mesures économiques et sociales» en faveur des populations touareg un volet de rattrapage de développement et un statut particulier (autonomie) pour la région de l’Azawad (Nord-Mali), le désarmement des combattants touareg et leur «intégration» dans les différents corps de sécurité et de l’administration de l’Etat. Mais, en 1994, la situation se détériore à nouveau et le Mouvement patriotique Ganda Koye (MPGK) voit le jour. Le MPGK réunit essentiellement des populations sédentaires du nord. Des négociations interethniques aboutissent à la signature des «accords de Bourem» en janvier 1995. Les différentes négociations débouchent, en 1996, sur la cérémonie de la «flamme de la Paix de Tombouctou» au cours de laquelle 3 000 armes sont brûlées pour marquer la volonté de tous les Maliens de vivre en paix. Les MFUA et le MPGK annoncent leur dissolution.
Par Louisa Aït Hamadouche
L. A. H sur latribune-online

mardi 19 janvier 2010

Nouvelles violences contre les populations Kabyles




Les forces de sécurité algériennes ont mené, mardi 12 janvier, une répression contre les habitants de la Kabylie qui s'apprêtaient à célébrer pacifiquement le nouvel an Amazigh.
En Algérie, les fêtes du nouvel an Amazigh 2960 avaient un goût amer. Les villes de Tizi-Ouzou et de Vgayet étaient en effervescence : des dizaines de milliers de Kabyles ont marché ce mardi 12 janvier pour réclamer l'autonomie de leur région. Dispersées à coup de gaz lacrymogène et de balles en caoutchouc, plusieurs personnes ont été blessées et d'autres, arrêtées par les forces de l'ordre, dont le sort reste toujours inconnu, selon le « Mouvement pour l'autonomie de la Kabylie » (MAK), initiateur de la marche.

La violente réplique des autorités algérienne était prévisible. Elle s'inscrit dans le long registre de la répression menée par le pouvoir algérien à l'encontre des populations Kabyles depuis les années 80 en passant par les événements du printemps noir de 2001 qui ont fait des centaines de morts et de disparus. Si la position des autorités n'a pas évolué, celle des militants Kabyles, si. Adoptée officiellement le 14 août 2007 par le Mouvement pour l'Autonomie de la Kabylie (MAK), le projet pour l'Autonomie de la Kabylie (PAK) se présente aujourd'hui comme l'une des alternatives les plus crédibles pour le règlement du dossier Kabyle en Algérie. « Le projet d'une autonomie régionale apparait comme le juste milieu, un compromis pouvant réconcilier les partisans d'une Kabylie devant demeurer comme n'importe quelle autre région d'Algérie, d'une part et de l'autre part, les assoiffés de son indépendance totale » explique Ferhat Mehenni, leader du mouvement autonomiste et président du MAK.


Black-out médiatique

Sur Facebook, Twitter et autres blogs, sympathisants et militants se tiennent informés de l'évolution de la situation, débattent ouvertement de l'option autonomiste et l'avenir de la région. Un récent sondage sur l'autonomie de la Kabylie recrute de dizaines de milliers de votes. Curieusement, en Algérie, mais aussi en Europe, les médias entretiennent un silence coupable sur les événements de mardi. Dans une tribune publiée sur le site d'informations « Vega Media Presse » sur les derniers événements en Kabylie, Chema Gil, directeur du site d'informations Noticias de Murcia et spécialiste des affaires maghrébines, fait remarquer que « L'Algérie terrorise les Berbères de Kabylie, qui font partie de l'authentique identité algérienne ».

C'est que le sujet dérange. Les services algériens DRS font tout pour diaboliser le MAK et son président. Le leader du mouvement autonomiste est régulièrement la cible d'attaques diffamatoires de la presse inféodée au pouvoir. Déjà sous le coup d'un mandat d'arrêt, il est régulièrement mêlé à des fantasmatiques histoires mêlant MOSSAD et autres ingrédients hollywoodiens.

L'attitude du pouvoir en place traduit au fond l'échec de toute la politique étatique menée pour régler le dossier Kabyle et de contenir le mouvement Amazigh et ses revendications : création d'un Haut Commissariat à l'Amazighité, un amendement constitutionnel en 1996. Une Commission (Sbih), chargée de proposer un schéma de régionalisation, a même rendu ses conclusions depuis cinq ans. Sur le terrain, l'engagement de l'État algérien en matière de réhabilitation et de promotion de la culture amazighe est resté au stade du vœu pieu. À l'image de la revendication démocratique du peuple algérien, la question amazighe n'a pas évolué.

C'est que la perspective d'autonomie donne du fil à retordre aux galonnés algériens qui s'opposent farouchement à la proposition du voisin marocain d'octroyer une large autonomie au peuple du Sahara occidental. Devoir s'y conformer pour le cas de la Kabylie et des Touaregs au sud de l'Algérie constitue un vrai péril qui peut saper les fondations même du régime. Inquiet, Ferhat Mehenni met en garde contre la politique du régime algérien, « calquée sur le modèle serbe en ex-Yougoslavie, qui va nous conduire à l'irréparable ».



source: ABP Agence Bretagne presse; http://www.agencebretagnepres

lundi 18 janvier 2010

Nord Mali : toujours plus de sécheresse, de maladies et moins de droits


Mahmoud Ag Sid Ahmed, ancien rebelle du soulèvement touareg au Nord Mali, raconte le désespoir d’une population livrée à la misère, les maladies, la violence terroriste, la sécheresse et le déni de droit. Témoignage sur une situation chaotique qui risque d’échapper à tout contrôle.

La quarantaine largement dépassée, Mahmoud Ag Sid Ahmed est un ancien combattant de la rébellion touareg au nord du Mali. La misère, le déni de citoyenneté et la frustration ont été pour beaucoup dans sa désertion des rangs de l’armée malienne. Alors qu’il avait le grade d’officier, il est parti rejoindre ses proches retranchés dans le massif de Tigharghar, un bastion de la rébellion touareg situé à l’est de Tessalit. La signature de l’Accord d’Alger en juillet 2006, grâce à la médiation de l’Algérie, lui a redonné espoir de voir sa région sortir de l’isolement et de la déchéance. Comme bon nombre de ses compagnons, il décide alors d’abandonner la lutte armée et de rentrer chez lui à Kidal, en attendant la réinsertion sociale promise par le gouvernement malien. Mais le retour lui a permis de découvrir que rien n’a changé et que rien ne changera dans sa ville. La misère dans laquelle vivaient ses proches s’est accentuée et les engagements de l’Etat n’étaient en fait qu’un mirage.

Présent à Alger pour prendre part aux travaux de la conférence des cadres dirigeants de l’Alliance du 23 mai pour le changement (ADC), l’aile politique de la rébellion touareg, il revient sur le quotidien terriblement difficile de la population du nord de Kidal. Fortement éprouvée par la violence, celle-ci fait face à une rude sécheresse qui vient à bout de son cheptel, des pâturages et des points d’eau, seule source de vie. « C’est devenu une sorte d’habitude chez nous. Les situations de crise ne font que s’accumuler sans qu’aucune ne soit résolue. La situation est alarmante. Cela fait plus d’une année qu’aucune goutte d’eau n’est tombée, alors que la région vit essentiellement de l’élevage. D’ailleurs, les éleveurs ne trouvent ni pâturage ni points d’eau pour faire vivre leur cheptel. Beaucoup assistent, impuissants, à l’agonie de leurs bêtes. Parallèlement à cette catastrophe naturelle, aucune activité économique n’a été entreprise dans la région, alors que les maladies et mêmes les épidémies emportent régulièrement les femmes, les enfants et les personnes âgées faute d’une prise en charge sanitaire et d’infrastructures de santé. L’Etat est totalement absent de cette région. Il ne fait ni de la prévention sanitaire ni de l’intervention d’urgence. Les Touareg vivent un quotidien chaotique qui ne fait que s’aggraver chaque jour… », révèle l’ancien rebelle. Le cœur plein de colère, il parle longuement des détails du vécu de ses concitoyens livrés, dit-il, « à l’isolement et à l’abandon ». J’ai interpellé le gouverneur de Kidal sur cette situation à plusieurs reprises, mais à chaque fois sa réponse est : « Je ne peux rien faire. Il y a un problème de sécurité dans cette région. » « J’ai proposé de constituer des groupes de sécurité pour escorter les équipes médicales, suivre le cheptel, garder les points d’eau, mais il a refusé l’offre, sous prétexte que cela relève de l’armée. Ils nous ont pris nos armes et nous obligent à voir nos familles et nos bêtes mourir sous nos yeux », souligne Mahmoud. Il s’arrête un moment et continue son récit. « Vous savez, être muté à Kidal pour les militaires est considéré comme une punition. Alors ceux qui sont en poste dans cette région sont totalement coupés de l’environnement et les rares Touareg, qui sont dans les rangs, sont mutés à des centaines de kilomètres plus loin. J’ai à ma charge vingt familles que je dois nourrir et sécuriser. J’aurais pu être plus rentable dans ma région, mais ils m’ont déplacé ailleurs, là où je ne peux être utile. Tout comme ceux qui ont été envoyés au Nord. Ils ne connaissent rien de la région et de plus, ils sont isolés par la population du fait du manque de confiance qu’ils suscitent chez celle-ci », note-t-il.

Mahmoud sirote son thé, prend le temps de répondre au téléphone, puis revient à son vécu, qu’il raconte d’une voix nouée. « Beaucoup parmi les Touareg ont quitté les rangs de l’armée non pas par éloignement, mais parce qu’il y avait aussi une grave discrimination ethnique. Ils étaient sous-payés et mal traités par rapport à leurs collègues non touaregs », dénonce-t-il. Selon lui, ses camarades ont pris la décision de déposer les armes parce qu’ils ont cru qu’en contrepartie de leur acte, la région allait connaître un changement économique. « Ils étaient 600 en 2006 et 700 en 2009, à y avoir vraiment cru. Mais dès que les armes se sont tues, la désillusion a été totale. Aucune des mesures prévues dans le cadre de ce dépôt des armes n’a été concrétisée. Nous nous sommes retrouvés au point départ, avec plus de misère, plus de morts, plus de malades et un avenir encore plus incertain pour un plus large pan de la population. Les ONG humanitaires et les partenaires qui allégeaient quelque peu la souffrance de nos concitoyens ont tous quitté la région et le gouvernement nous tourne le dos, sous le prétexte fallacieux de l’absence de sécurité. Il laisse les terroristes agir en toute liberté et nous empêche de nous organiser pour les chasser. De juillet 2006 à ce jour, l’attente et tout ce qu’elle a entraîné comme souffrance n’a que trop duré. Nous sommes arrivés à une situation sans issue. Il fallait faire le pas et interpeller le pays médiateur qui nous a fait croire que l’espoir d’un changement était permis. Nous avons laissé beaucoup de temps de réflexion au gouvernement, en vain. Nous avons pensé qu’étant donné qu’entre l’Etat et l’Alliance, il n’y a plus de dialogue, il faut alors une troisième partie, l’Algérie, pour faire ensemble le bilan et amener tout le monde à la table des négociations et arriver enfin à concrétiser la paix durable sur le terrain. » Mahmoud semble très inquiet quant à l’avenir de sa région. Pour lui, si ces tentatives de reprise du dialogue n’aboutissent pas et que la situation désastreuse persiste, la région va basculer vers l’inconnue et échapper à tout contrôle. Selon lui, pour éviter un tel scénario, il faut juste faire appel à ces quelques volontés qui tiennent à l’Accord d’Alger et qui se trouvent au sein de l’Etat malien pour aller au-devant et créer les conditions de mise en application des mesures prévues pour une paix durable.

« Toute la population touareg a nourri beaucoup d’espoir sur cet accord. Elle a trop enduré et veut vivre comme les Maliens du Sud. Elle veut juste son droit à une vie décente, une dignité et une citoyenneté à part entière. L’Accord d’Alger n’appartient à personne. Il a été signé pour répondre aux besoins de la population touareg, mais ces besoins tardent vraiment à voir le jour. Nous avons peur que les milliers de jeunes désabusés et vulnérables se détruisent par des activités criminelles ou détruisent leur région en rejoignant les rangs des terroristes. En fait, c’est l’objectif que veut atteindre Bamako, pour pointer du doigt la population et la montrer aux yeux du monde comme une alliée des terroristes ou des trafiquants en tout genre », déclare Mahmoud. Le regret de voir sa région natale au rang des pays les plus pauvres en dépit de ses grandes richesses naturelles le ronge souvent. « Peut être que ce sont ces richesses qui constituent en réalité notre malheur, pour les convoitises qu’elles aiguisent. » La conférence d’Alger représente pour lui une lueur d’espoir, pour peu, ajoute-t-il, « que l’Algérie pèse de son poids pour ramener le Mali à ses engagements. Il y va de la stabilité du nord de Kidal, mais également de tous les pays de la région, dont l’Algérie. »

Par Salima Tlemçani

Tinariwen - Aman Iman : L'Eau C'est La vie

Créé officiellement en 1982, lors d'un festival à Alger, par Ibrahim ag Alhabib, Alhassan ag Touhami et feu Intayaden, Taghreft Tinariwen, qui signifie en tamasheq, « l'édification des pays » a joué un rôle important pendant la rébellion touarègue des années 1990, en diffusant des messages d'espoir et de résistance à leurs compatriotes. A l'origine, les trois amis jouent sur une guitare acoustique qu'ils se partagent, avant de rencontrer un orchestre de musiciens touaregs, les voix du Hoggar qui chantent en arabe et qui offrent à Ibrahim sa première guitare électrique. A Tamanrasset, ils donnent des concerts accompagnés de trois femmes.

Après cette période d'exil en Algérie, Ibrahim, Intayeden, Alhassan rencontrent Alhousseini ag Abdoulahi, Kedhou ag Ossad, Mohammed dit "Japonais" dans les camps d'entraînement en Libye. Le groupe s'agrandit de ses nouveaux membres. Lorsqu'éclate la rébellion en 1990, ils rentrent au Mali les armes à la main et les guitares en bandoulière. Ils se retrouvent alors intégrés au Mouvement Populaire de l'Azawad sous le commandement d'Iyad ag Ghali qui les aide à financer l'achat d'instruments de musique.

Avec la signature du Pacte National de 1992, et le retour de la paix, le groupe s'est consacré à la diffusion de la culture touarègue grâce à leur musique et à des paroles évoquant autant l'amour du désert que les souffrances de leur peuple. Tinariwen joue alors dans des festivals au Mali et commence à se faire un nom. Leur leader de 1993 à 1999 est Mohamed ag Ansar dit "Manny" qui est aujourd'hui le directeur du Festival au désert. C'est à cette même époque que des choristes intègrent le groupe, apportant une touche de féminité à ce groupe d'ex-rebelles, rappelant les tende, traditionnellement chantés lors des fêtes, dans les campements, par les femmes réunies autour d'une soliste. Parmi elles, la regrettée Wounou wallet Oumar, sœur de l'actuelle chanteuse Mina wallet Oumar.

On compte de très nombreux morceaux à leur actif, enregistrés sur des cassettes qui ont circulé dans le Sahara pendant la rébellion touarègue. En 1999, leur participation au Festival Toucouleur à Angers, sous le nom de Azawad, lance leur carrière en Europe.

Leur premier album The Radio Tisdas Sessions enregistré en deux jours à Kidal grâce à l'énergie solaire, par Justin Adams et les Lo'Jo sort en 2000. Ibrahim, Abdallah, Keddhou, Japonais, Alhassan, Foy-Foy y participent. C'est avec Amassakoul édité en 2004, que leur renommée atteint une dimension internationale. La sortie de cet album est un réel succès, le groupe fait figure d'ambassadeur des Touaregs à travers le monde grâce à leurs tournées en Europe, aux États-Unis, au Canada, en Asie. Leur troisième album Aman Iman, paru en 2007, a confirmé la renommée du groupe puisqu'il a été, entre autres, disque d'argent en Grande-Bretagne. Tinariwen a également reçu le soutien de grands noms du rock tels Robert Plant de Led Zeppelin qui se joignit à eux lors d'un concert mémorable au Bataclan à Paris le 7 avril 2007.

Le cinéaste français Jérémie Reichenbach, a réalisé un film documentaire de 51 minutes, sur la naissance du groupe, Teshumara, les guitares de la rébellion touareg. Il replace cet avènement dans l'errance et l'exil du peuple touareg vécu à l'occasion du soulèvement des années 1990, et de la féroce répression du gouvernement malien de l'époque. Ce film a reçu en août, le grand prix 2006 du documentaire musical, de la SACEM.

Signez l’appel de France Libertés : "Tous Porteurs d’eau" via http://www.france-libertes.org/

Hommage : cela fait dejà plus de 14 ans que le chef touareg Mano Dayak nous a quitté


Hommage : cela fait dejà plus de 14 ans que le chef touareg Mano Dayak nous a quitté...

__Mano Dayak__ : Je suis né avec du sable dans les yeux. C'était à Tidène, au coeur des montagnes de l'Aïr, au début de la saison des pluies. Ma mère me disait : Mano, le miel se cache sous ta langue, mais ne quitte jamais le désert car le désert purifie l'âme.

Loin de lui, tu es sourd et aveugle. Ainsi parlent les mères touarègues. Par décence, elles enveloppent leurs inquiétudes dans les allégories. Un pouvoir qui les fait poètes et souveraines.

Je ne savais pas qu'un autre monde existait. Comment aurait-il pu exister alors que, juste derrière nos tentes, c'était le sable, la soif et le néant ?

Quand du haut de mon rocher je regarde ce désert qui a vu voyager mon père, et avant lui le père de mon père, et tous les pères de mes frères touaregs, je sais que c'est de lui que nous tirerons la force et la sagesse nécessaires à la construction du monde dont nous rêvons pour nos familles et pour nos enfants.

__MANO DAYAK.__

A propos de l'auteur :

__Mano DAYAK__ est un Touareg originaire de l'Aïr, en bordure du Ténéré.

Il a fait des études brillantes dans son pays, puis aux Etats-Unis et en France. Il a créé une agence de voyages à Agadez. C'est à cette époque qu'il a rencontré Thierry SABINE, qu'il a aidé à tracer des étapes du Paris-Dakar. Mais Mano DAYAK restait un homme du désert et, déchiré par les souffrances de son peuple, il s'est engagé politiquement pour défendre les Touaregs.

Il a été un des grands artisans de la paix au Niger. Le destin fascinant de cet homme a été brisé par un accident d'avion en décembre 1995.

Mano DAYAK avait monté un spectacle dans le Ténéré autour du Petit Prince, un livre qu'il aimait particulièrement.

Mano Dayak (1949 - 15 décembre 1995) était un entrepreneur touareg du Niger, l'un des chefs de la rébellion des années 1990.

Il est né dans la vallée de Tidene, au nord d'Agadez et appartient à la tribu des Ifoghas, originaire du Mali voisin. A l'âge de 10 ans, il suit avec réticence les cours de l'école française nomade d'Azzel, forcé par l'administration française.

Mais il prend goût aux études et continue sa scolarité au collège d'Agadez avant de partir travailler à Niamey. A 20 ans, il part aux Etats-Unis où il poursuit ses études (bac et études supérieures) entre New York et Indianapolis, tout en travaillant. En 1973, il part à Paris, et s’inscrit dans la section de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes Technologiques en Anthropologie culturelle et sociale du monde berbère.

Il s'y marie avec Odile, et ils ont eu ensuite deux fils : Mawli (ou Maoli) et Madani. De retour au Niger, il devient guide dans le désert, salarié d'une agence de voyages française. Puis il fonde sa propre agence de tourisme Temet Voyages, qui devient la plus importante d'Agadez.

Il a ainsi contribué efficacement à l'essor du tourisme dans la région.

Il a également participé à l'organisation du rallye Paris-Dakar, devenant proche de Thierry Sabine et à l'organisation de films tels que "Un thé au Sahara" de Bernardo Bertolucci.

En tant que leader de la CRA (Coordination de la Résistance Armée), il devient l'un des principaux chefs de la rébellion touarègue des années 1990, au même titre que Attaher Abdoulmomin chef du Front de Libération du Nord Niger, Rhissa ag Boula du FLAA (Front de Libération de l'Aïr et de l'Azawak) et Mohamed Anako de l'UFRA (Union des Forces de la Résistance Armée).

Le 15 décembre 1995, en vue des négociations, il doit rencontrer le président nigérien Mahamane Ousmane et embarque à bord d'un avion affrété par un chargé de mission du gouvernement français en compagnie d'un journaliste français, Hubert Lassier, et deux autres chefs de la rébellion touarègue, dont Hamed Ahmed ag Khalou et Yahaha Willi Wil. Mais juste après son décollage, l'avion s'écrase. Tous ses passagers sont tués.

Cet accident tragique a contribué à forger sa légende, et il est aujourd'hui connu comme celui qui a rappelé au monde l'existence et la souffrance du peuple touareg. Son charisme lui a valu l'amitié et l'admiration de nombreuses personnalités telles que Bernardo Bertolucci, Jean-Marc Durou.

En 1996, un artisan touareg nommé Assaghid a créé en son honneur un bijou sur le modèle des croix des tribus du Niger, bijou qui reste le symbole de la rébellion. L'aéroport d'Agadez s'appelle aujourd'hui "l'aéroport international Mano Dayak".

Dans leur dernier album intitulé Aman Iman, Tinariwen lui rend hommage dans une chanson portant son nom.

Si vous avez des informations sur le film documentaire suivant : Sahara : Touaregs, les princes du désert de Howard Reid

Un film tourné au Niger et présenté par Mano Dayak, figure emblématique du mouvement de révolte des Touaregs du Niger.

En lutte contre un gouvernement qui souhaite sa soumission, dispersé par la misère, constamment ballotté entre les états avoisinants, le peuple touareg tente de conserver ses traditions et son indépendance.

Une description, avec le support de très belles images de la vie nomade façonnée par le désert : les activités quotidiennes, l‛école, l‛écriture tifinaght enseignée par les femmes, la musique, le pourquoi des révoltes, l‛alliance avec leurs anciens ennemis les Toubous pour le commerce des armes. Comme il y a des siècles la caravane de sel de la tribu Ebéra traverse le Ténéré pour faire le troc de sa marchandise à l‛autre bout du désert.

Collection : Géo Vidéo, Les grandes expéditions. Production : Géo Film, 1994 Réalisation : Howard Reid Durée : 50‛ Réf. Médiathèque TJ4453 (vidéo documentaire)

ou sur le spectacle dans le Ténéré que Mano Dayak avait monté autour du Petit Prince, merci de nous envoyer les éléments à votre connaissance par mail : contact@drapeaurouge.fr.

En raison du divorce consommé entre le pouvoir algérien et la Kabylie, l’autonomie est une nécessité vitale


L’Opinion: Vous êtes président d’un mouvement qui proclame l’autonomie d’une partie du territoire algérien pour des causes identitaires et culturelles. Êtes-vous conscient des défis et entraves qui se dressent sur votre chemin en face d’un système qui vous accuse de trahison et de dépendance ?

Ferhat Mehenni: Le Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie (MAK) prône l’autonomie régionale pour éviter l’implosion de l’Algérie. Nous sommes un mouvement pacifique qui table sur l’action démocratique pour parvenir à nos objectifs. Que le régime militaire algérien nous diabolise, il est dans son rôle. C’est dans sa nature de jeter l’anathème sur tous ceux qui s’opposent à lui. Il a peur de l’effet de contagion sur les autres régions du pays. Quant à la société kabyle, elle a très vite montré de l’intérêt pour la revendication autonomiste et c’est ce qui nous a encouragé à continuer sur notre lancée. Cela fait plus de huit ans maintenant que nous existons. Nos efforts ont fini par être couronnés de succès puisque le 20 avril 2009, à l’appel du MAK, plus de 20 000 personnes sont descendues dans les rues de Tizi-Ouzou. D’autres démonstrations sont à l’ordre du jour de cette année et montreront notre ancrage réel au sein de la société kabyle.
Nous sommes conscients des défis que nous relevons et nous en assumons les risques. Je vous rappelle qu’en juin 2004, on a déjà assassiné mon fils aîné pour me châtier de ma témérité à avoir revendiqué cette autonomie régionale. Mais quand on a la force de ses convictions, le cours de l’histoire ne s’arrête pas devant des écueils, quels qu’ils soient.

L’Opinion: Une partie de la presse algérienne vous accuse de militer pour le compte du MOSSAD et d’Israël. Que répondez-vous ?

Ferhat Mehenni: Ce sont les services algériens qui opèrent derrière des prête-noms journalistiques pour riposter à notre succès le 26 mai à la tribune des Nations Unies. La seule parade que le régime ait trouvée c’était de dire que nous nous réunissions avec le Mossad et la CIA à l’ambassade d’Israël à Paris. J’ai engagé des poursuites judiciaires à ce sujet. La justice algérienne ne s’est pas encore prononcée.
Mais puisque vous m’en donnez l’occasion, je démens solennellement ces allégations mensongères. D’ailleurs, dans le même article qui se retrouve sur tous les sites internet islamistes dans lesquels des appels au meurtre contre ma personne sont lancés, la télévision marocaine a été citée comme le média à travers lequel j’aurais annoncé un congrès du MAK pour le mois d’août dernier et pour déclarer la guerre à l’armée algérienne. Une pure invention du DRS pour diaboliser le MAK et son président. Vous voyez, si on s’en tient à ces assertions, cela aurait fait bientôt six mois depuis que le congrès aurait dû se tenir et la guerre être déclarée, il n’en est rien. Les mensonges sont toujours rattrapés par le temps.

L’Opinion: Vous faites constat de l’état de divorce politique consommé entre la Kabylie et le pouvoir algérien, est-ce une raison valable et suffisante pour revendiquer l’autonomie alors que le différend peut paraître d’ordre strictement culturel? Ne craignez vous pas le pire?

Ferhat Mehenni: C’est parce que le divorce est consommé entre le pouvoir algérien et la Kabylie que l’autonomie est autant une nécessité vitale qu’un moindre mal à ce qui risque d’arriver, si la situation stagnait. Nous sommes plutôt une soupape de sécurité contre la dislocation du pays. Sans le MAK et sa revendication autonomiste, cela irait droit vers la désintégration de l’Algérie. C’est la politique du régime algérien, calquée sur le modèle serbe en ex-Yougoslavie, qui va nous conduire à l’irréparable. Avant qu’il ne soit trop tard, je lance un appel aux décideurs du pays pour prendre en compte notre revendication.. Le MAK est un mouvement qui leur tend la main pour une solution politique de raison, à même d’éviter les drames inscrits dans la logique qui a prévalu en ex-Yougoslavie jusqu’ici.

L’Opinion: Vous avez soutenu le plan d’autonomie au Sahara proposé par le Maroc pour mettre fin au conflit artificiel qui l’oppose au Polisario. Par cette prise de position vous vous êtes opposé à la position officielle du gouvernement algérien qui est totalement contre les intérêts au Maroc. Croyez vous que l’Algérie s’oppose a la proposition marocaine par peur d’être dans le futur contrainte de s’y conformer pour le cas de la Kabylie et des touaregs au sud ?

Ferhat Mehenni: Je m’oppose à la position officielle du régime algérien sur la base de valeurs et de réalisme. Je suis contre la guerre et l’effusion de sang. La proposition marocaine d’une autonomie régionale pour le Sahara me parait plus empreinte de sagesse que l’attitude rigide du gouvernement algérien sur la question. Elle est moralement supérieure à la guerre. Pour que les efforts de nos peuples soient orientés vers la construction de nos économies respectives, de nos cultures et de nos identités, nous avons tous besoin de paix. Je n’ai pas le droit de me prononcer à la place des autres, mais si j’étais un dirigeant du Polisario j’en aurais accepté au moins le principe. Le reste est du domaine de la négociation.
Si le gouvernement algérien, dans les jours à venir, propose au MAK de négocier les modalités de l’autonomie régionale pour la Kabylie, nous accepterions volontiers.

Par ailleurs, sur le plan de la simple logique et du bon sens, comment se pourrait-il que le MAK qui revendique une autonomie pour la Kabylie viendrait à s’opposer à la proposition marocaine de même nature pour la région du Sahara? Il le ferait au nom de quelle cohérence?

L’Opinion: Est ce que vous pensez que vous avez les moyens humains et financiers pour aller jusqu’au bout dans votre lutte qui s’annonce longue et périlleuse ? Quels sont vos appuis à l’intérieur comme à l’extérieur de votre pays?

Ferhat Mehenni: Nous comptons avant tout sur nous-mêmes pour mener notre combat à son terme. Quels que soient les soutiens amicaux que nous puissions recevoir, il n’y a que le terrain qui, en dernière instance, déterminera le rapport de force par lequel on obtient une victoire. Notre volonté d’aller jusqu’au bout de cette revendication est suffisante pour cet objectif. Nous souhaiterions cependant que tous les Nord-Africains, riches de leurs nombreuses identités, aillent ensemble vers la généralisation des autonomies régionales là où cela est nécessaire. Nous construirons un ensemble géopolitique autrement plus solidaire et plus viable que la misérable UMA où l’ont se fait un malin plaisir à se piéger les uns les autres au lieu de se concerter sur la meilleure manière de construire un avenir viable pour tous les peuples de cette région du monde.

L’Opinion: Vous êtes le leader d’un mouvement autonomiste mais on vous reproche d’être constamment hors des frontières de l’Algérie. Où se conçoit l’essentiel de votre lutte ?

Ferhat Mehenni : J’étais sur le terrain de 2001 à 2009. Depuis qu’on amnistie en Algérie les criminels de sang, les terroristes islamistes d’El Qaeda, Bouteflika et consorts se sont tournés, pour leur passe temps favori, vers la répression des démocrates et surtout des autonomistes. Après m’avoir assassiné mon fils âgé de 30 ans en juin 2009, ils m’ont exilé par la grâce d’un mandat d’arrêt qui ne repose sur aucun argument juridique hormis celui de mettre en prison un opposant gênant pour eux.

Mais la lutte pour l’autonomie de la Kabylie n’est pas une propriété personnelle, un intérêt privé. C’est le combat du peuple kabyle qui donne à son cadre de lutte le MAK, des femmes et des hommes de qualité. Ce sont ces derniers qui œuvrent chaque jour avec abnégation et conviction à faire de l’autonomie kabyle une réalité. Grâce à eux, la marche du 20 avril dernier a drainé pas moins de 20.000 personnes dans la rue à Tizi-Ouzou pour porter ensemble cette revendication autonomiste.

L’autonomie régionale n’a jusqu’ici, jamais disloqué un pays. Au contraire, nous sommes le meilleur rempart contre ce danger. Que chacun se le dise: Le MAK est une solution et non un problème. Il est la paix et non la guerre.

L’Opinion: Vote approche pour l’autonomie de votre région s’accorde dans divers points et principes avec la proposition marocaine d’autonomie de ses provinces du Sud. Est-ce une simple coïncidence? Ou est-ce que vous y êtes référencé pour élaborer votre projet de l’autonomie pour la Kabylie ?

Ferhat Mehenni: Honnêtement, je ne me suis pas posé la question de savoir qui du Maroc ou du MAK a été le premier à faire cette proposition d’une autonomie régionale. Cette question n’a pas de sens pour moi dans la mesure où cette solution n’a été inventée ni au Maroc ni en Kabylie. Elle est déjà en vigueur depuis longtemps dans de nombreux pays développés. Aujourd’hui, même le Soudan confronté à une guerre identitaire entre Sud et Nord depuis des décennies, vient de trouver un compromis entre belligérants pour une autonomie du Sud-Soudan.
Par ailleurs, les conceptions et les applications de l’autonomie sont différentes d’un pays à un autre. De ce fait, celle que revendique le MAK peut recouvrer une autre réalité que celle que prévoit le Maroc pour sa région du Sud.


Auteur: Journal l'opinion

dimanche 17 janvier 2010

La langue berbère-tamazight ne mourra pas...



Interview de Abdelaziz Berkaï, enseignant de linguistique berbère à l’université de Bgayet (Bejaïa

Lorsque les manifestations du printemps berbère de 80 sont arrivées dans mon village (Raffour dans la wilaya de Bouira), elles m’ont surpris dans l’école primaire locale en train de subir un cours de langue étrangère. Les manifestants nous ont donc fait sortir dans la rue manifester et scander à haute et vive voix : « Imazighen ! Imazighen !... Ad nerreẓ wala ad neknu !... Je pense que ces évènements m’ont définitivement marqué. D’ailleurs au collège et au lycée, plus tard, avec trois autres élèves, nous avons crée un groupe (clandestin) de défense de la langue tamazight, avec des cartes d’adhésion et un sceau portant l’empreinte de l’emblématique lettre de l’alphabet tifinagh (Z). Etudiant à l’Université Mouloud Mammeri (en mathématiques), je faisais déjà des travaux sur le lexique de ma langue maternelle. J’ai toujours chez moi un gros cahier où sont consignées des noms de plantes en kabyle, illustrées non pas par des images, mais par les plantes elles-mêmes, protégées par une couverture en scotch transparent. La transcription est faite en caractères latins que j’ai apprise avec le livre de Ramdane Achab : Tira n tmazight, un ouvrage bilingue, plus accessible que Tajerrumt n tmazight de Mouloud Mammeri, écrite entièrement en kabyle, que j’ai lu bien évidemment plus facilement par la suite. C’est donc tout naturellement que je me retrouve après dans la première promotion des enseignants de tamazight de Ben Aknoun, devenant enseignant de ma langue maternelle au lycée dès son introduction dans le système éducatif en 1995, d’abord dans ma région à M’Chedallah, puis à partir de 1997 dans la ville de Bgayet où je poursuivais des études de post-graduation en langue et culture amazighes (option : linguistique), et ce jusqu’en 2002 où j’ai quitté le lycée pour être recruté à l’Université où je travaille jusqu’à présent.

Pourquoi avoir écrit un lexique en langue française, anglaise et berbère ?

Ce lexique est tiré en grande partie des résultats de mes recherches en magistère qui portaient sur l’élaboration d’une terminologie de la linguistique en tamazight à partir de celle qui existe en français, avec ajout bien entendu des termes spécifiques à la linguistique amazighe (état d’annexion, indicateur de thème...). Ce travail avait pour finalité de résoudre le gros problème terminologique qui se pose à l’enseignement de tamazight en tamazight, notamment concernant la linguistique (dont la grammaire), auquel j’étais confronté moi-même en tant qu’enseignant de cette langue, d’abord au lycée et plus encore, par la suite, à l’Université. Dans cet ouvrage, nous avons élargi la nomenclature initiale pour la porter à deux mille unités qui couvrent quasiment l’ensemble du lexique du domaine : de la phonétique/phonologie à la psycholinguistique, en passant par la morphosyntaxe, la lexicosémantique, la sociolinguistique... Aussi avons-nous ajouté comme langue cible l’anglais pour élargir l’audience de la publication qui s’adresserait, en plus des amazighophones, à des francophones et anglophones, et faciliter ainsi sa diffusion.

L’UNESCO annonce la disparition de la langue berbère en 2050, qu’en pensez-vous ?

Je ne sais pas d’où l’on tire ce type de conclusions complètement absurdes, ne tenant aucun compte des réalités langagières, ni même d’ailleurs des données scientifiques disponibles sur le sujet. Le simple fait de savoir que dans les régions amazighophones existent au moment où l’on parle des milliers de jeunes de moins de vingt ans (Kabyles, Touaregs, chleuhs...) qui ne parlent que cette langue au quotidien et qui seront sans doute, pour une bonne partie d’entre eux, toujours là dans cinquante ans, remet très simplement et complètement en cause cette annonce funèbre. Elle a tout de même un mérite, par son aspect grave et émotif, celui d’interpeller les amazighophones quant à l’attitude qu’ils doivent avoir à l’égard de leur langue maternelle. Beaucoup de facteurs favorisent la disparition des langues, comme l’oralité, le nombre réduit des locuteurs, la dialectalisation, mais le facteur le plus favorisant, et de loin, demeure celui de la non transmission de sa langue maternelle à ses enfants. Ce refus de transmission peut être conscient, comme il peut être inconscient. Le sociolinguiste américain Salikoko Mufwene, dans un ouvrage récent paru aux éditions l’Harmattan, note que la mort des langues s’opère de façon insidieuse : chaque locuteur pense que son seul comportement n’a aucune conséquence sur la communauté et fait peu attention au fait qu’il n’est pas le seul à se comporter ainsi. Cette absence de transmission, ou même une transmission très partielle aboutit en quelques générations à une disparition totale d’une langue.

D’un monolinguisme dans la langue maternelle, on passe à un bilinguisme favorable à celle-ci, puis à un bilinguisme équilibré, s’en suit un bilinguisme défavorable à la langue maternelle qui se termine par un monolinguisme dans la langue « dominante ». Des 6000 langues qui existent actuellement (estimation moyenne), des linguistes et autres futurologues, se fondant sur des statistiques très discutables, pensent qu’il n’en resteraient que la moitié dans un siècle. Des langues essentiellement orales et parlées par des communautés très réduites en terme du nombre de locuteurs. On insiste sur l’oralité, alors que les facteurs de conservation et de transmission des langues ont fondamentalement changé. La langue n’a pas besoin aujourd’hui d’être écrite pour qu’elle soit conservée et mieux qu’elle ne peut l’être par écrit. C’est ce qu’on appelle en historiographie l’anachronisme : on fait des projections dans le futur lointain en raisonnant avec des paradigmes du passé. Francis Bacon, le grand philosophe et homme politique anglais, n’avait-il pas écrit en latin, au début du XVIIe siècle quand celui-ci était la langue du savoir universel, dans son Novum Organum que « l’anglais deviendrait complètement désuet lorsque ses compatriotes seraient plus instruits » ? Qu’en est-il de ces deux langues aujourd’hui ? C’est exactement l’inverse qui s’est produit ! En fait de langues, il faut savoir raison garder. Qui a pensé il y a un peu plus d’un siècle que l’hébreu, mort depuis au moins le IIe siècle, allait devenir, par la « folie » d’un certain Eleizer Ben Yehouda et de la foule qu’il a pu convaincre par la suite, la langue que les hébreux utilisent aujourd’hui dans tous les domaines, tant dans leur vie familiale que dans l’enseignement de tous les savoirs, au plus haut niveau de l’Université ! D’aucuns pensent que les nouveaux outils de communication, comme l’informatique et l’Internet, profiteraient essentiellement à l’anglais pour asseoir définitivement sa domination. En réalité, par leur nature démocratique, ils profitent aussi, pour ne pas dire surtout, aux langues minorées, ou dispersées, qui ne disposent pas de moyens étatiques pour leur diffusion. Le yiddish et surtout l’espéranto qu’on disait agonisants il y a quelques dizaines d’années, revendiquent aujourd’hui des centaines de milliers de locuteurs, grâce à ces nouveaux moyens tombés du ciel... américain ! Pour terminer, je voudrais relativiser ce concept de « mort » qu’on utilise pour les langues comme s’il s’agissait de véritables être vivants qui meurent sans possibilité de ressusciter. Le « corps » d’une langue (premier terme de l’opposition saussurienne langue vs parole), pour peu qu’il soit bien conservé, par écrit ou par enregistrement sonore, peut retrouver son âme (la parole) après s’en être séparé même pendant des millénaires, comme le montre on ne peut mieux l’exemple de l’hébreu.


Que dire à tous ces berbères qui ne parlent plus et qui ont choisi d’oublier la langue berbère (au profit de l’arabe ou du français) ?

Je leur dirais simplement, en reprenant deux grands esprits français, un sociolinguiste et un lexicologue, amoureux de leur langue maternelle face au « péril » anglais, que « La perte de sa langue, pour tout individu, c’est aussi, en quelque façon, celle d’une partie de son âme », écrit Claude Hagège dans son Combat pour le français au nom de la diversité des langues et des cultures, paru en 2006 aux éditions Odile Jacob, et que « ceux qui méprisent et haïssent leur idiome maternels sont malheureux », renchérit Alain Rey, directeur scientifique des dictionnaires Le Robert, dans son Amour du français, contre les puristes et autres censeurs de la langue, paru aux éditions Denoël en 2007. Je ne voudrais pas, personnellement, pour mes propres enfants qu’ils vivent sans une partie de leur âme ni qu’ils soient malheureux. Je pense que les enfants ont le droit d’apprendre la langue de leurs parents et que c’est un devoir, par conséquent, pour ces derniers de la leur transmettre. C’est à eux par la suite de décider de l’usage qu’ils doivent en faire pour eux-mêmes. Et puis, Claude Hagège qui parle plus d’une dizaine de langues l’a déjà dit quelque part (je me souviens pas de la source) : plus on maîtrise de langues, plus c’est plus facile d’en maîtriser d’autres. Autrement dit, et pour donner un exemple très concret, c’est plus facile pour un enfant qui parle kabyle et français (ou arabe) de parler anglais, que pour celui qui ne parle que français de parler cette autre langue, parce que les systèmes linguistiques se ressemblent. C’est un peu comme les mots croisés : plus on en fait, plus c’est plus facile d’en faire.

Quels sont les ouvrages que vous avez édités et les thématiques sur lesquelles vous travaillez ?

J’ai édité un premier ouvrage en collaboration avec deux autres auteurs intitulé Mes amis les animaux/Imeddukal-iw ighersiwen, une imagerie bilingue français-tamazight sur les animaux, l’image de l’animal accompagnée de son nom et d’un commentaire sur lui plus ou moins long, le tout en couleur et sur du papier glacé, un ouvrage bien fait matériellement (imprimé en Espagne), aux Editions BERTI en Algérie, en 2002. Le manuscrit (le pré-tirage) comportait quelques erreurs de saisie et autres ambiguïtés, que nous avons corrigées avant de le retourner à l’éditeur. Mais, à notre surprise, le livre est édité sans qu’aucune erreur ne soit corrigée ! Ce livre est maintenant épuisé. Quant à ce Lexique, il a d’abord paru en France chez l’Harmattan en 2007, avant que je ne le propose à Ramdane Achab, au lancement de ses nouvelles Editions, pour une réédition en Algérie. Achab n’a pas seulement accepté de le rééditer, après avoir demandé et obtenu l’autorisation de l’Harmattan, mais il a apporté au manuscrit, en fin connaisseur du domaine, des modifications très pertinentes qui l’ont amélioré. Je tiens ici à lui exprimer toute ma gratitude.


Quelle est votre analyse sur le marché du livre berbère aujourd’hui en France et ailleurs ? Et comment voyez-vous son avenir ?

Je pense que le marché du livre berbère est aujourd’hui en pleine expansion. Cette expansion est due très simplement aux nouvelles fonctions que cette langue a acquises depuis quelques années, notamment son introduction dans le système d’enseignement en Algérie et au Maroc et son accès plus important aujourd’hui à l’audiovisuel, avec des chaînes de télévision et de nouvelles radios, qui l’ont rendue plus visible et plus audible qu’elle ne l’était avant. Ces nouvelles fonctions engendrent tout naturellement de nouveaux besoins, inexistants jusque-là pour certains, qu’il convient de satisfaire non pas seulement quantitativement, mais aussi et surtout qualitativement. Ne dit-on pas en kabyle qu’ « une poignée d’abeilles vaut mieux qu’un sac de mouches » (Takemmict n tzizwa xir udhellaâ g-gizan) ! Il existe de plus en plus d’ouvrages de qualité qui traitent de la langue tamazight et qui sont appelés à se multiplier à l’avenir, favorisés par une demande à la fois pressante et exigeante. Pour conclure, je dirais que tant qu’il y aura des locuteurs loyaux vis-à-vis de leur langue maternelle, qui la transmettront à leurs enfants, et j’ai l’intime conviction qu’ils sont très nombreux, son avenir et celui de son livre ne peuvent qu’être assurés.

Propos recueillis par S.A

 

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