
L’Opinion: Vous êtes président d’un mouvement qui proclame l’autonomie d’une partie du territoire algérien pour des causes identitaires et culturelles. Êtes-vous conscient des défis et entraves qui se dressent sur votre chemin en face d’un système qui vous accuse de trahison et de dépendance ?
Ferhat Mehenni: Le Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie (MAK) prône l’autonomie régionale pour éviter l’implosion de l’Algérie. Nous sommes un mouvement pacifique qui table sur l’action démocratique pour parvenir à nos objectifs. Que le régime militaire algérien nous diabolise, il est dans son rôle. C’est dans sa nature de jeter l’anathème sur tous ceux qui s’opposent à lui. Il a peur de l’effet de contagion sur les autres régions du pays. Quant à la société kabyle, elle a très vite montré de l’intérêt pour la revendication autonomiste et c’est ce qui nous a encouragé à continuer sur notre lancée. Cela fait plus de huit ans maintenant que nous existons. Nos efforts ont fini par être couronnés de succès puisque le 20 avril 2009, à l’appel du MAK, plus de 20 000 personnes sont descendues dans les rues de Tizi-Ouzou. D’autres démonstrations sont à l’ordre du jour de cette année et montreront notre ancrage réel au sein de la société kabyle.
Nous sommes conscients des défis que nous relevons et nous en assumons les risques. Je vous rappelle qu’en juin 2004, on a déjà assassiné mon fils aîné pour me châtier de ma témérité à avoir revendiqué cette autonomie régionale. Mais quand on a la force de ses convictions, le cours de l’histoire ne s’arrête pas devant des écueils, quels qu’ils soient.
L’Opinion: Une partie de la presse algérienne vous accuse de militer pour le compte du MOSSAD et d’Israël. Que répondez-vous ?
Ferhat Mehenni: Ce sont les services algériens qui opèrent derrière des prête-noms journalistiques pour riposter à notre succès le 26 mai à la tribune des Nations Unies. La seule parade que le régime ait trouvée c’était de dire que nous nous réunissions avec le Mossad et la CIA à l’ambassade d’Israël à Paris. J’ai engagé des poursuites judiciaires à ce sujet. La justice algérienne ne s’est pas encore prononcée.
Mais puisque vous m’en donnez l’occasion, je démens solennellement ces allégations mensongères. D’ailleurs, dans le même article qui se retrouve sur tous les sites internet islamistes dans lesquels des appels au meurtre contre ma personne sont lancés, la télévision marocaine a été citée comme le média à travers lequel j’aurais annoncé un congrès du MAK pour le mois d’août dernier et pour déclarer la guerre à l’armée algérienne. Une pure invention du DRS pour diaboliser le MAK et son président. Vous voyez, si on s’en tient à ces assertions, cela aurait fait bientôt six mois depuis que le congrès aurait dû se tenir et la guerre être déclarée, il n’en est rien. Les mensonges sont toujours rattrapés par le temps.
L’Opinion: Vous faites constat de l’état de divorce politique consommé entre la Kabylie et le pouvoir algérien, est-ce une raison valable et suffisante pour revendiquer l’autonomie alors que le différend peut paraître d’ordre strictement culturel? Ne craignez vous pas le pire?
Ferhat Mehenni: C’est parce que le divorce est consommé entre le pouvoir algérien et la Kabylie que l’autonomie est autant une nécessité vitale qu’un moindre mal à ce qui risque d’arriver, si la situation stagnait. Nous sommes plutôt une soupape de sécurité contre la dislocation du pays. Sans le MAK et sa revendication autonomiste, cela irait droit vers la désintégration de l’Algérie. C’est la politique du régime algérien, calquée sur le modèle serbe en ex-Yougoslavie, qui va nous conduire à l’irréparable. Avant qu’il ne soit trop tard, je lance un appel aux décideurs du pays pour prendre en compte notre revendication.. Le MAK est un mouvement qui leur tend la main pour une solution politique de raison, à même d’éviter les drames inscrits dans la logique qui a prévalu en ex-Yougoslavie jusqu’ici.
L’Opinion: Vous avez soutenu le plan d’autonomie au Sahara proposé par le Maroc pour mettre fin au conflit artificiel qui l’oppose au Polisario. Par cette prise de position vous vous êtes opposé à la position officielle du gouvernement algérien qui est totalement contre les intérêts au Maroc. Croyez vous que l’Algérie s’oppose a la proposition marocaine par peur d’être dans le futur contrainte de s’y conformer pour le cas de la Kabylie et des touaregs au sud ?
Ferhat Mehenni: Je m’oppose à la position officielle du régime algérien sur la base de valeurs et de réalisme. Je suis contre la guerre et l’effusion de sang. La proposition marocaine d’une autonomie régionale pour le Sahara me parait plus empreinte de sagesse que l’attitude rigide du gouvernement algérien sur la question. Elle est moralement supérieure à la guerre. Pour que les efforts de nos peuples soient orientés vers la construction de nos économies respectives, de nos cultures et de nos identités, nous avons tous besoin de paix. Je n’ai pas le droit de me prononcer à la place des autres, mais si j’étais un dirigeant du Polisario j’en aurais accepté au moins le principe. Le reste est du domaine de la négociation.
Si le gouvernement algérien, dans les jours à venir, propose au MAK de négocier les modalités de l’autonomie régionale pour la Kabylie, nous accepterions volontiers.
Par ailleurs, sur le plan de la simple logique et du bon sens, comment se pourrait-il que le MAK qui revendique une autonomie pour la Kabylie viendrait à s’opposer à la proposition marocaine de même nature pour la région du Sahara? Il le ferait au nom de quelle cohérence?
L’Opinion: Est ce que vous pensez que vous avez les moyens humains et financiers pour aller jusqu’au bout dans votre lutte qui s’annonce longue et périlleuse ? Quels sont vos appuis à l’intérieur comme à l’extérieur de votre pays?
Ferhat Mehenni: Nous comptons avant tout sur nous-mêmes pour mener notre combat à son terme. Quels que soient les soutiens amicaux que nous puissions recevoir, il n’y a que le terrain qui, en dernière instance, déterminera le rapport de force par lequel on obtient une victoire. Notre volonté d’aller jusqu’au bout de cette revendication est suffisante pour cet objectif. Nous souhaiterions cependant que tous les Nord-Africains, riches de leurs nombreuses identités, aillent ensemble vers la généralisation des autonomies régionales là où cela est nécessaire. Nous construirons un ensemble géopolitique autrement plus solidaire et plus viable que la misérable UMA où l’ont se fait un malin plaisir à se piéger les uns les autres au lieu de se concerter sur la meilleure manière de construire un avenir viable pour tous les peuples de cette région du monde.
L’Opinion: Vous êtes le leader d’un mouvement autonomiste mais on vous reproche d’être constamment hors des frontières de l’Algérie. Où se conçoit l’essentiel de votre lutte ?
Ferhat Mehenni : J’étais sur le terrain de 2001 à 2009. Depuis qu’on amnistie en Algérie les criminels de sang, les terroristes islamistes d’El Qaeda, Bouteflika et consorts se sont tournés, pour leur passe temps favori, vers la répression des démocrates et surtout des autonomistes. Après m’avoir assassiné mon fils âgé de 30 ans en juin 2009, ils m’ont exilé par la grâce d’un mandat d’arrêt qui ne repose sur aucun argument juridique hormis celui de mettre en prison un opposant gênant pour eux.
Mais la lutte pour l’autonomie de la Kabylie n’est pas une propriété personnelle, un intérêt privé. C’est le combat du peuple kabyle qui donne à son cadre de lutte le MAK, des femmes et des hommes de qualité. Ce sont ces derniers qui œuvrent chaque jour avec abnégation et conviction à faire de l’autonomie kabyle une réalité. Grâce à eux, la marche du 20 avril dernier a drainé pas moins de 20.000 personnes dans la rue à Tizi-Ouzou pour porter ensemble cette revendication autonomiste.
L’autonomie régionale n’a jusqu’ici, jamais disloqué un pays. Au contraire, nous sommes le meilleur rempart contre ce danger. Que chacun se le dise: Le MAK est une solution et non un problème. Il est la paix et non la guerre.
L’Opinion: Vote approche pour l’autonomie de votre région s’accorde dans divers points et principes avec la proposition marocaine d’autonomie de ses provinces du Sud. Est-ce une simple coïncidence? Ou est-ce que vous y êtes référencé pour élaborer votre projet de l’autonomie pour la Kabylie ?
Ferhat Mehenni: Honnêtement, je ne me suis pas posé la question de savoir qui du Maroc ou du MAK a été le premier à faire cette proposition d’une autonomie régionale. Cette question n’a pas de sens pour moi dans la mesure où cette solution n’a été inventée ni au Maroc ni en Kabylie. Elle est déjà en vigueur depuis longtemps dans de nombreux pays développés. Aujourd’hui, même le Soudan confronté à une guerre identitaire entre Sud et Nord depuis des décennies, vient de trouver un compromis entre belligérants pour une autonomie du Sud-Soudan.
Par ailleurs, les conceptions et les applications de l’autonomie sont différentes d’un pays à un autre. De ce fait, celle que revendique le MAK peut recouvrer une autre réalité que celle que prévoit le Maroc pour sa région du Sud.
Auteur: Journal l'opinion
lundi 18 janvier 2010
En raison du divorce consommé entre le pouvoir algérien et la Kabylie, l’autonomie est une nécessité vitale
Publié par mouvement de la jeunesse touaregue pour la justice et le developpement à 22:29 0 commentaires
dimanche 17 janvier 2010
La langue berbère-tamazight ne mourra pas...

Interview de Abdelaziz Berkaï, enseignant de linguistique berbère à l’université de Bgayet (Bejaïa
Lorsque les manifestations du printemps berbère de 80 sont arrivées dans mon village (Raffour dans la wilaya de Bouira), elles m’ont surpris dans l’école primaire locale en train de subir un cours de langue étrangère. Les manifestants nous ont donc fait sortir dans la rue manifester et scander à haute et vive voix : « Imazighen ! Imazighen !... Ad nerreẓ wala ad neknu !... Je pense que ces évènements m’ont définitivement marqué. D’ailleurs au collège et au lycée, plus tard, avec trois autres élèves, nous avons crée un groupe (clandestin) de défense de la langue tamazight, avec des cartes d’adhésion et un sceau portant l’empreinte de l’emblématique lettre de l’alphabet tifinagh (Z). Etudiant à l’Université Mouloud Mammeri (en mathématiques), je faisais déjà des travaux sur le lexique de ma langue maternelle. J’ai toujours chez moi un gros cahier où sont consignées des noms de plantes en kabyle, illustrées non pas par des images, mais par les plantes elles-mêmes, protégées par une couverture en scotch transparent. La transcription est faite en caractères latins que j’ai apprise avec le livre de Ramdane Achab : Tira n tmazight, un ouvrage bilingue, plus accessible que Tajerrumt n tmazight de Mouloud Mammeri, écrite entièrement en kabyle, que j’ai lu bien évidemment plus facilement par la suite. C’est donc tout naturellement que je me retrouve après dans la première promotion des enseignants de tamazight de Ben Aknoun, devenant enseignant de ma langue maternelle au lycée dès son introduction dans le système éducatif en 1995, d’abord dans ma région à M’Chedallah, puis à partir de 1997 dans la ville de Bgayet où je poursuivais des études de post-graduation en langue et culture amazighes (option : linguistique), et ce jusqu’en 2002 où j’ai quitté le lycée pour être recruté à l’Université où je travaille jusqu’à présent.
Pourquoi avoir écrit un lexique en langue française, anglaise et berbère ?
Ce lexique est tiré en grande partie des résultats de mes recherches en magistère qui portaient sur l’élaboration d’une terminologie de la linguistique en tamazight à partir de celle qui existe en français, avec ajout bien entendu des termes spécifiques à la linguistique amazighe (état d’annexion, indicateur de thème...). Ce travail avait pour finalité de résoudre le gros problème terminologique qui se pose à l’enseignement de tamazight en tamazight, notamment concernant la linguistique (dont la grammaire), auquel j’étais confronté moi-même en tant qu’enseignant de cette langue, d’abord au lycée et plus encore, par la suite, à l’Université. Dans cet ouvrage, nous avons élargi la nomenclature initiale pour la porter à deux mille unités qui couvrent quasiment l’ensemble du lexique du domaine : de la phonétique/phonologie à la psycholinguistique, en passant par la morphosyntaxe, la lexicosémantique, la sociolinguistique... Aussi avons-nous ajouté comme langue cible l’anglais pour élargir l’audience de la publication qui s’adresserait, en plus des amazighophones, à des francophones et anglophones, et faciliter ainsi sa diffusion.
L’UNESCO annonce la disparition de la langue berbère en 2050, qu’en pensez-vous ?
Je ne sais pas d’où l’on tire ce type de conclusions complètement absurdes, ne tenant aucun compte des réalités langagières, ni même d’ailleurs des données scientifiques disponibles sur le sujet. Le simple fait de savoir que dans les régions amazighophones existent au moment où l’on parle des milliers de jeunes de moins de vingt ans (Kabyles, Touaregs, chleuhs...) qui ne parlent que cette langue au quotidien et qui seront sans doute, pour une bonne partie d’entre eux, toujours là dans cinquante ans, remet très simplement et complètement en cause cette annonce funèbre. Elle a tout de même un mérite, par son aspect grave et émotif, celui d’interpeller les amazighophones quant à l’attitude qu’ils doivent avoir à l’égard de leur langue maternelle. Beaucoup de facteurs favorisent la disparition des langues, comme l’oralité, le nombre réduit des locuteurs, la dialectalisation, mais le facteur le plus favorisant, et de loin, demeure celui de la non transmission de sa langue maternelle à ses enfants. Ce refus de transmission peut être conscient, comme il peut être inconscient. Le sociolinguiste américain Salikoko Mufwene, dans un ouvrage récent paru aux éditions l’Harmattan, note que la mort des langues s’opère de façon insidieuse : chaque locuteur pense que son seul comportement n’a aucune conséquence sur la communauté et fait peu attention au fait qu’il n’est pas le seul à se comporter ainsi. Cette absence de transmission, ou même une transmission très partielle aboutit en quelques générations à une disparition totale d’une langue.
D’un monolinguisme dans la langue maternelle, on passe à un bilinguisme favorable à celle-ci, puis à un bilinguisme équilibré, s’en suit un bilinguisme défavorable à la langue maternelle qui se termine par un monolinguisme dans la langue « dominante ». Des 6000 langues qui existent actuellement (estimation moyenne), des linguistes et autres futurologues, se fondant sur des statistiques très discutables, pensent qu’il n’en resteraient que la moitié dans un siècle. Des langues essentiellement orales et parlées par des communautés très réduites en terme du nombre de locuteurs. On insiste sur l’oralité, alors que les facteurs de conservation et de transmission des langues ont fondamentalement changé. La langue n’a pas besoin aujourd’hui d’être écrite pour qu’elle soit conservée et mieux qu’elle ne peut l’être par écrit. C’est ce qu’on appelle en historiographie l’anachronisme : on fait des projections dans le futur lointain en raisonnant avec des paradigmes du passé. Francis Bacon, le grand philosophe et homme politique anglais, n’avait-il pas écrit en latin, au début du XVIIe siècle quand celui-ci était la langue du savoir universel, dans son Novum Organum que « l’anglais deviendrait complètement désuet lorsque ses compatriotes seraient plus instruits » ? Qu’en est-il de ces deux langues aujourd’hui ? C’est exactement l’inverse qui s’est produit ! En fait de langues, il faut savoir raison garder. Qui a pensé il y a un peu plus d’un siècle que l’hébreu, mort depuis au moins le IIe siècle, allait devenir, par la « folie » d’un certain Eleizer Ben Yehouda et de la foule qu’il a pu convaincre par la suite, la langue que les hébreux utilisent aujourd’hui dans tous les domaines, tant dans leur vie familiale que dans l’enseignement de tous les savoirs, au plus haut niveau de l’Université ! D’aucuns pensent que les nouveaux outils de communication, comme l’informatique et l’Internet, profiteraient essentiellement à l’anglais pour asseoir définitivement sa domination. En réalité, par leur nature démocratique, ils profitent aussi, pour ne pas dire surtout, aux langues minorées, ou dispersées, qui ne disposent pas de moyens étatiques pour leur diffusion. Le yiddish et surtout l’espéranto qu’on disait agonisants il y a quelques dizaines d’années, revendiquent aujourd’hui des centaines de milliers de locuteurs, grâce à ces nouveaux moyens tombés du ciel... américain ! Pour terminer, je voudrais relativiser ce concept de « mort » qu’on utilise pour les langues comme s’il s’agissait de véritables être vivants qui meurent sans possibilité de ressusciter. Le « corps » d’une langue (premier terme de l’opposition saussurienne langue vs parole), pour peu qu’il soit bien conservé, par écrit ou par enregistrement sonore, peut retrouver son âme (la parole) après s’en être séparé même pendant des millénaires, comme le montre on ne peut mieux l’exemple de l’hébreu.
Que dire à tous ces berbères qui ne parlent plus et qui ont choisi d’oublier la langue berbère (au profit de l’arabe ou du français) ?
Je leur dirais simplement, en reprenant deux grands esprits français, un sociolinguiste et un lexicologue, amoureux de leur langue maternelle face au « péril » anglais, que « La perte de sa langue, pour tout individu, c’est aussi, en quelque façon, celle d’une partie de son âme », écrit Claude Hagège dans son Combat pour le français au nom de la diversité des langues et des cultures, paru en 2006 aux éditions Odile Jacob, et que « ceux qui méprisent et haïssent leur idiome maternels sont malheureux », renchérit Alain Rey, directeur scientifique des dictionnaires Le Robert, dans son Amour du français, contre les puristes et autres censeurs de la langue, paru aux éditions Denoël en 2007. Je ne voudrais pas, personnellement, pour mes propres enfants qu’ils vivent sans une partie de leur âme ni qu’ils soient malheureux. Je pense que les enfants ont le droit d’apprendre la langue de leurs parents et que c’est un devoir, par conséquent, pour ces derniers de la leur transmettre. C’est à eux par la suite de décider de l’usage qu’ils doivent en faire pour eux-mêmes. Et puis, Claude Hagège qui parle plus d’une dizaine de langues l’a déjà dit quelque part (je me souviens pas de la source) : plus on maîtrise de langues, plus c’est plus facile d’en maîtriser d’autres. Autrement dit, et pour donner un exemple très concret, c’est plus facile pour un enfant qui parle kabyle et français (ou arabe) de parler anglais, que pour celui qui ne parle que français de parler cette autre langue, parce que les systèmes linguistiques se ressemblent. C’est un peu comme les mots croisés : plus on en fait, plus c’est plus facile d’en faire.
Quels sont les ouvrages que vous avez édités et les thématiques sur lesquelles vous travaillez ?
J’ai édité un premier ouvrage en collaboration avec deux autres auteurs intitulé Mes amis les animaux/Imeddukal-iw ighersiwen, une imagerie bilingue français-tamazight sur les animaux, l’image de l’animal accompagnée de son nom et d’un commentaire sur lui plus ou moins long, le tout en couleur et sur du papier glacé, un ouvrage bien fait matériellement (imprimé en Espagne), aux Editions BERTI en Algérie, en 2002. Le manuscrit (le pré-tirage) comportait quelques erreurs de saisie et autres ambiguïtés, que nous avons corrigées avant de le retourner à l’éditeur. Mais, à notre surprise, le livre est édité sans qu’aucune erreur ne soit corrigée ! Ce livre est maintenant épuisé. Quant à ce Lexique, il a d’abord paru en France chez l’Harmattan en 2007, avant que je ne le propose à Ramdane Achab, au lancement de ses nouvelles Editions, pour une réédition en Algérie. Achab n’a pas seulement accepté de le rééditer, après avoir demandé et obtenu l’autorisation de l’Harmattan, mais il a apporté au manuscrit, en fin connaisseur du domaine, des modifications très pertinentes qui l’ont amélioré. Je tiens ici à lui exprimer toute ma gratitude.
Quelle est votre analyse sur le marché du livre berbère aujourd’hui en France et ailleurs ? Et comment voyez-vous son avenir ?
Je pense que le marché du livre berbère est aujourd’hui en pleine expansion. Cette expansion est due très simplement aux nouvelles fonctions que cette langue a acquises depuis quelques années, notamment son introduction dans le système d’enseignement en Algérie et au Maroc et son accès plus important aujourd’hui à l’audiovisuel, avec des chaînes de télévision et de nouvelles radios, qui l’ont rendue plus visible et plus audible qu’elle ne l’était avant. Ces nouvelles fonctions engendrent tout naturellement de nouveaux besoins, inexistants jusque-là pour certains, qu’il convient de satisfaire non pas seulement quantitativement, mais aussi et surtout qualitativement. Ne dit-on pas en kabyle qu’ « une poignée d’abeilles vaut mieux qu’un sac de mouches » (Takemmict n tzizwa xir udhellaâ g-gizan) ! Il existe de plus en plus d’ouvrages de qualité qui traitent de la langue tamazight et qui sont appelés à se multiplier à l’avenir, favorisés par une demande à la fois pressante et exigeante. Pour conclure, je dirais que tant qu’il y aura des locuteurs loyaux vis-à-vis de leur langue maternelle, qui la transmettront à leurs enfants, et j’ai l’intime conviction qu’ils sont très nombreux, son avenir et celui de son livre ne peuvent qu’être assurés.
Propos recueillis par S.A
Publié par mouvement de la jeunesse touaregue pour la justice et le developpement à 19:41 0 commentaires
Les touareg un peuple sans patrie
Les Touaregs occupent un espace immense, fondé sur le désert, qui constitue en quelque sorte un pont entre le Maghreb et l’Afrique noire. Le domaine des Touaregs a été éclaté entre plusieurs États - Libye, Algérie, Mali, Niger et Burkina Faso, mais ils possèdent une culture commune et appartiennent à une même civilisation. Ils occupent la zone la plus aride, la moins peuplée.
Marqués selon les circonstances "hommes bleus", "chevaliers du désert", "pilleurs de caravanes" ou encore "hommes de nulle part", leur intégration n’a jamais été totale. Hommes des grands espaces toujours en mouvement avec la confusion fréquente entre errance et nomadisme.
Le "pays touareg" malien à l’extrême nord-est du pays est si éloigné de Bamako, que Niamey, capitale du Niger, y est bien souvent son débouché naturel.
Dès 1914 les Touaregs maliens sont les premiers à se révolter et à utiliser les armes contre l’administration coloniale française. L’occupation du Sahara par les Français étant considérée comme un asservissement.
Les Touareg réclament "l’Organisation commune des régions sahariennes" (OCRS) correspondant à l’espace occupé et l’organisation d’un État. La France ne retient pas cette orientation.
Après l’indépendance, l’administration et l’armée maliennes occupent les postes laissés par les administrateurs français, présence ressentie comme une occupation. Dès 1959 les Touaregs se révoltent. Une véritable guerre de mouvement prend corps début 1963 ; ils ne rendent les armes qu’un an et demi plus tard. Si les hostilités se sont arrêtées, le fossé s’est creusé : la région de Kidal reste une zone dangereuse, interdite aux touristes et la zone est fortement militarisée.
Les années 1972 et 1973 connaissent des déficits pluviométriques records qui provoquent la mort de plus de la moitié des troupeaux et entraînent un exode massif des Touaregs vers les centres urbains et les pays voisins.
Au-delà des répercussions de la sécheresse, deux autres raisons favorisent cette rébellion qui se manifeste au Mali et au Niger de façon similaire, mais qui est gérée différemment par les états : le retour des jeunes exilés formés en Libye, qui avaient appris le métier des armes et l’expulsion par l’Algérie d’environ 20 000 réfugiés.
L’étincelle qui va mettre le feu aux poudres se produit en mai 1990 à Tchin Tabaraden au Niger : l’attaque de la gendarmerie et la répression aveugle et brutale par l’armée.
Au Mali elle démarre le mois suivant par l’attaque de la gendarmerie de Menaka. La rébellion touarègue malienne est coordonnée par les MFUA (Mouvements et fronts unifiés de l’Azawad). Deux positions inconciliables sont en présence : celle d’un État dirigé par des militaires qui n’accepte pas que son autorité soit bafouée et une communauté qui réclame de "choisir elle-même son avenir dans le domaine économique, social, culturel, qui ne veut plus tout attendre de l’aide humanitaire internationale".
Le 6 janvier 1991 un accord de paix est signé à Tamanrasset (Algérie).
Après le renversement du général Moussa Traoré, alors que des raids touaregs se poursuivent, des négociations aboutissent le 11 avril 1992, à Bamako, à la signature du pacte national dont les objectifs sont "le retour de la paix et de la sécurité dans le Nord du Mali, la réconciliation nationale et la promotion socioéconomique de la partie Nord du Mali avec comme élément-clé la décentralisation".
Faisant suite aux conflits ouverts au Niger, une "nouvelle rébellion" débute le 23 mai 2006 dans l’attaque des garnisons de Kidal et Ménaka par "l’Alliance démocratique pour le changement du 23 mai" (ADC). Sans prendre l’ampleur des crises précédentes, la médiation algérienne débouche le 4 juillet 2006 sur les Accords d’Alger. Mais après un cessez-le-feu d’une année, des attaques, des enlèvements ont repris… Un nouvel accord d’arrêt du conflit est en gestation en juillet 2008…
Une crise sans fin ?
Au-delà des légitimes revendications touarègues concernant les questions économiques, politiques et de développement, le territoire qu’ils occupent se trouve le théâtre d’enjeux multiples et complexes :
Leur territoire n’est pas lié au découpage des États
La population touarègue se trouve disséminée sur cinq États aux politiques différentes (enjeux géostratégiques entre l’Algérie et la Libye notamment)
Toute tension touarègue au Mali ou au Niger a des répercussions immédiates dans le pays voisin.
La question touarègue est traitée différemment par le gouvernement nigérien qui fait primer la répression et le gouvernement malien plus conciliateur
De juteux trafics transitent par cette zone (cigarettes, drogues…)
Al Quaïda qui tente de s’installer dans la région du Sahel
De fortes pressions américaines pour installer des bases militaires permanentes pèsent sur le gouvernement
Territoire sans contrôle officiel en raison de son immensité, des conditions de vie, de ses frontières passoires, de la facilité de mobilité, etc. Difficile de voir clair entre les questions "alibi" et celles qui sont fondamentales.
http://touareg-blog.africaciel.com
Publié par mouvement de la jeunesse touaregue pour la justice et le developpement à 19:26 0 commentaires
Hama Ag Sid Ahmed. Porte-parole des Touareg du nord du Mali à EL WATAN
« En une année, l’effectif du GSPC est passé de 250 à près d’un millier d’hommes armés »,
Après cinq jours d’une rencontre qui a permis d’aplanir les divergences, le porte-parole de l’Alliance démocratique du 23 mai pour le changement (ADC), mouvement des Touareg du nord du Mali, Hama Ag Sid Ahmed,accepte de faire le bilan. Dans l’entretien qu’il nous accorde, il dresse un constat alarmant de la situation dans la région de Kidal où, selon lui, le GSPC a renforcé ses rangs, dont l’effectif est passé en une année de 250 à plus de 800 terroristes.
*Deux ans et demi après la signature de l’accord d’Alger, mettant fin à la rébellion au nord du Mali, tout semble remis en cause. Pourquoi selon vous ?
**D’abord, il y a ce grand écart qui sépare les représentants du
mouvement des Touareg à l’Etat malien parce que la population avait cru au retour de la paix qui, pour elle, veut dire développement à travers la construction de centres de santé, d’écoles, de puits, de routes,
enfin d’infrastructures qui correspondent à son environnement. Mais,
depuis une année, elle constate que c’est l’inverse qui se passe. La
situation ne fait que se détériorer et les responsables qui font les
déplacements entre Kidal et Bamako n’ont jamais apporté de réponse
concrète.
* Cette absence de l’Etat malien sur le terrain pourrait-elle s’expliquer par le manque de moyens ou de volonté ?
**Le problème n’est pas lié au manque de moyens mais à celui d’absence de volonté. Lorsque le pacte national a été signé, il a été suivi par de nombreux actes sur le terrain, ce qui n’est pas le cas pour l’accord d’Alger. A ce jour, rien n’a été réalisé. Il est facile de trouver les moyens. Les partenaires du Mali sont disponibles à débloquer les fonds nécessaires, mais une fois qu’ils constateront qu’il y a une volonté de la part de l’Etat à mettre en place des structures à même de prendre en charge les besoins de la population exprimés dans le cadre de l’accord d’Alger. Cependant, ces partenaires se méfient. En dépit des sommes colossales qu’ils ont avancé pour le développement du Nord, la région reste déshéritée. Ils ont du mal à comprendre où leur argent a été
dépensé. Aujourd’hui, il faut recréer la confiance, non seulement avec les partenaires mais aussi avec les co-signataires de l’accord. La commission de développement prévue dans ce cadre, est en panne, ce qui fait qu’aucun projet n’a été exécuté. Plus grave, c’est tout l’accord qui est en panne, avec pour conséquence, l’élargissement du fossé qui sépare la population touareg du pouvoir central. Le sentiment d’abandon et de frustration s’est généralisé, notamment chez les jeunes…
*Vous voulez dire qu’il y a une volonté délibérée de pousser ces jeunes vers la drogue, la contrebande ou le terrorisme ?
**L’espoir nourri par le soulèvement de milliers de jeunes pour une
vie meilleure s’est vite dissipé dès que les armes se sont tues et
l’accord signé. Je ne sais pas s’il s’agit d’une fuite en avant ou
d’une remise en cause des engagements. En fait, nous ne savons pas si c’est le président malien qui ne veut pas résoudre la crise au Nord, ou c’est son entourage qui l’informe mal sur la situation. Pour nous, il est clair qu’il y a une volonté préméditée de pousser ces jeunes vers la drogue, la contrebande ou le terrorisme. L’accord a été signé en 2006 et depuis, rien de sérieux n’a été fait sur le terrain pour permettre de dire qu’il y a une volonté d’agir de l’autre côté.
Qu’a-t-on laissé, ou donné à cette jeunesse ? On a créé une situation pour les amener à détruire leur propre région ou à rejoindre l’AQMI (Al Qaîda pour le Maghreb islamique). J’avais dit aux jeunes combattants sur le terrain : « Faites attention, la politique de certains c’est de vous détruire. Vous avez un objectif, qui est l’accord d’Alger, il faut rester lucide pour continuer à le réclamer haut et fort, car il y va de votre dignité. Il ne faut pas vous embarquer dans ce qui a été créé pour vous détruire. »
Comment la population fait-elle face à cette situation chaotique, marquée par la sécheresse et le terrorisme d’un côté, et de l’autre le déni d’existence ?
C’est une région qui a traversé des moments douloureux. Elle a connu
la sécheresse de 1973 à1974, ensuite celle de 1984 à 1985 et le
soulèvement de 1990. Tous les gouvernements qui se sont succédé, depuis Modibo Keita jusqu’au général Moussa Traoré, ont utilisé des armes politiques pour détruire la communauté touarègue. La détruire
physiquement en maintenant le black-out sur l’information. Lorsque
l’Etat n’a pas les moyens de faire face aux éleveurs qui perdent leur cheptel, ne trouvent pas de quoi nourrir leur famille, ni de quoi étancher leur soif, et encore moins de soigner les malades, notamment parmi les enfants, les femmes et les personnes âgées, touchés par des épidémies, il fait appel à l’aide de la communauté internationale. Cela n’a jamais été le cas. Des milliers de personnes sont mortes durant ces dures épreuves dans l’anonymat le plus absolu. Les gouvernements ont de tout temps coupé cette région du monde.
Aujourd’hui, l’Etat dont la présence doit se refléter par des
investissements en matière d’infrastructures de base, par une écoute de sa population, une prise en charge de ses préoccupations, est
totalement absent. Tout a été fait pour creuser un fossé de plus en
plus large entre lui et la population. Ce qui explique ce sentiment de rejet de tout ce qui incarne l’Etat, nourri par les touareg. Nous
voulons attirer l’attention de la communauté internationale sur cette crise humanitaire engendrée par la sécheresse et casser le black-out qui étouffe notre région. L’accord d’Alger a pris en compte tous ces points et aurait pu réduire sensiblement la distance qui sépare Kidal de Bamako et faire naître chez les touareg, le sentiment d’être des citoyens à part entière. Cet accord a prévu une commission de sécurité, qui aurait pu ramener la stabilité dans la région et de ce fait attirer les investissements à Kidal. Malheureusement, cela n’a pas été le cas parce que l’Etat a failli à ses engagements. Ce vide a permis l’installation progressive des groupes terroristes qui, aujourd’hui, représentent près d’un millier d’hommes puissamment armés… Ce qui veut dire qu’ils ont triplé leurs effectifs en l’espace de deux ans ?
Je dis bien près d’un millier d’hommes. Ils sont près de huit cents
éléments. Ce qui n’était pas le cas, il y a un an où la situation était très différente.
*D’où viennent-ils ? Où ont-ils été recrutés ? Comment
sont-ils arrivés dans cette région ? Ce sont des préoccupations
majeures qui vont déstabiliser la région si rien n’est fait pour
arrêter cette déferlante…
Ne pensez-vous pas que ce sentiment d’abandon et de désespoir puisse pousser certains jeunes de la région à prendre les armes ?
**Il y a plusieurs formes d’armes ou de lutte. Pour l’instant, la
lutte est concentrée sur la mise en application de ce cadre légal, qui est l’accord d’Alger, et qui reste bloqué par l’Etat malien. En fait,l’Algérie qui est co-signataire, doit assumer ses responsabilités,parce que c’est elle qui nous a poussé à venir à la table des négociations et à accepter le dépôt des armes. Si ce n’était pas l’Algérie, il n’y aurait pas d’accord et le soulèvement serait toujours en cours. De ce fait, il faut qu’elle fasse pression sur l’Etat malien afin qu’il honore ses engagements. Elle a tous les moyens nécessaires pour aboutir à la concrétisation de l’accord. C’est cette opportunité légale qui va nous ramener la paix sans recourir aux armes. Aucun pays ne souhaiterait que cette région soit encore une fois déstabilisée, et encore plus l’Algérie, parce qu’il s’agit d’assurer la sécurité à sa frontière. La panne de l’accord n’est pas dû à l’absence d’interlocuteurs, puisque nous avons exprimé notre volonté à ouvrir le dialogue, mais plutôt à une défaillance délibérée de l’Etat malien.
*Certains médias maliens affirment que l’Alliance n’est représentative ni dans la région de Kidal ni des Touareg du Nord. Qu’avez-vous à répondre ?
**Ce n’est pas nouveau pour nous. D’abord, il faut savoir que dans
tous les mouvements de soulèvement, c’est toujours un petit noyau de 5 à 10 éléments qui commence la lutte dans la clandestinité. Ensuite, il y a des contacts avec un autre groupe composé de personnes de confiance et c’est ainsi que le mouvement se forme, avec comme base commune la volonté de lutter pour un changement. Les acquis de ce soulèvement vont profiter à toute la population mais jamais à ceux qui l’ont provoqué et conduit. Même ceux parmi les touareg du Nord qui ne sont pas d’accord avec la rébellion, savent au fond que la cause défendue est juste. Ceux qui ont pris part aux travaux de la conférence, sont ceux-là mêmes qui ont négocié et signé l’accord d’Alger avec l’Etat malien, donc ils ne
peuvent pas être du jour au lendemain non représentatifs.
*Qu’apporte cette conférence à la région de Kidal ? Est-ce uniquement une tribune pour aplanir les divergences au sein de l’Alliance ou le début de la fin de cette formation née dans la douleur du soulèvement populaire ?
**Si on revient un peu en arrière, durant les deux ans qui ont suivi
l’accord de juillet 2006, il y a eu un temps mort où rien ne s’est
passé. A Bamako, on pensait régler le problème de l’intérieur et
d’autres y ont cru. Ils avaient accepté de revenir en espérant mieux
avancer. Mais l’Etat a tourné le dos à tout le monde. Je pense
sincèrement que la conférence d’Alger est une grande réussite. Nous
avons pu réactiver les autorités algériennes pour qu’elles s’impliquent et ramener le Mali à revenir à l’accord d’Alger…
*Est-ce qu’il y a une disponibilité d’Alger pour faire en sorte que le Mali respecte ses engagements ?
**Au mois de novembre dernier, nous étions venus vers l’Algérie pour
la solliciter en tant que médiateur. Nous lui avions fait état de la
dégradation inquiétante de la situation au Nord, région limitrophe de sa frontière sud. Nous lui avons demandé d’intervenir rapidement pour faire avancer les choses. De notre côté, il y avait une grande
disponibilité de se réunir en Algérie pour mettre en avant nos
difficultés. L’Algérie nous a accueillis pour tenir notre conférence
dans de bonnes conditions. Les points débattus sont essentiels et
constituent la préoccupation de tout le monde. Nous avons fait le bilan de l’accord d’Alger et constaté qu’il faut mettre en place des
interlocuteurs habilités à discuter avec les autorités algériennes,
maliennes et d’autres pays, en tenant compte ce qui se passe sur le
terrain. A ce titre, un comité de crise a été mis en place et la tenue d’un congrès prévu en mars prochain à Tigharghar a été retenue.
*Avez-vous senti chez le gouvernement malien une quelconque volonté de revenir au dialogue ?
**Si nous sommes là, c’est pour interpeller le gouvernement malien et lui dire que de notre côté, il y a une disponibilité pour faire le point et avancer dans l’esprit de l’accord d’Alger. Je ne vois pas pourquoi le gouvernement rejetterait un accord qu’il a lui-même signé.
Si jamais il ne souhaite pas discuter ou revenir à cet accord, c’est à la facilitation de donner suite. Que veulent les autorités maliennes et où veulent-elles nous pousser ? Je pense que personne n’a intérêt à ce qu’une partie ou une autre rejette le dialogue. La région est aujourd’hui observée à la loupe et les gestes de tous sont épiés…
*N’est-elle pas en train de se transformer en un nid des services de renseignement de nombreuses puissances du fait des activités terroristes ?
**Je ne dirais pas que c’est un nid, mais plutôt un centre d’intérêt. Elle est observée avec une loupe à cause de la grande insécurité qui y règne. Pourquoi ? Parce qu’il y a régulièrement des kidnappings visant uniquement les Européens. Ces derniers sont devenus un produit qu’il faut vendre pour renforcer la présence des terroristes dans la région. Alors, les gens sont étonnés de voir que ces enlèvements ne visent que les Occidentaux. Ils se posent des questions sur l’identité des auteurs, leur motivation et leurs objectifs. C’est pour cela qu’ils ont besoin d’avoir un regard, de s’impliquer et d’essayer de comprendre ce qui se passe. Viendra le jour où cette région ne nous appartiendra plus. Nous avons le sentiment que tout est fait pour arriver à cette situation.
*Comment expliquer que les Touareg, connus pour leur opposition aux terroristes salafistes, puissent laisser ces derniers occuper leur territoire ?
**Prenons l’exemple de la région d’Adrar des Iforas. Avant la
rébellion de 1990, ce sont les notables qui prenaient en charge tous
les aspects sécuritaires et de réconciliation. Ils maîtrisaient la
situation. La rébellion touaregue avait aussi la maîtrise de la
situation, que ce soit avant ou après la signature du pacte national.
Durant cette période, il était très difficile de s’installer dans la
région sans l’autorisation des Touareg. Mais ces derniers ont été
retirés du terrain, privés de leur pouvoir et de leurs outils
militaires. D’acteurs, ils sont devenus des observateurs. Les Touareg ont de tout temps voulu chasser les terroristes de la région, mais l’officier de l’armée les a empêchés d’agir en leur disant : « Ces affaires ne vous concernent pas. Vous êtes des citoyens, vous restez loin. Les terroristes, c’est nous qui les attrapons. Nous sommes là pour ça et si vous jouez aux gendarmes, nous allons vous arrêter. »
C’est comme cela que l’armée malienne réagit à chaque fois que les
Touareg tentent de poursuivre les salafistes. Les unités spéciales de sécurité prévues par l’accord d’Alger et dont feraient partie les
Touareg est un outil adéquat de lutte contre le terrorisme. Une fois la population impliquée, elle sera responsable de la situation. Pour
l’instant, elle ne fait que la subir, beaucoup plus que les autres…
A la veille de la conférence, vous avez annoncé la présence de Brahim Ag Bahanga, fondateur de l’Alliance et un des acteurs de la rébellion, mais il n’est pas venu. Peut-on savoir pourquoi ?
Il devait venir et y assister aux travaux. Mais des imprévus l’ont
retenu. Sachez que Brahim est l’initiateur de la rencontre d’Alger. Il a pris part aux réunions de préparation tenues du 22 au 25 novembre 2009. Tout ce qui a été entrepris du début jusqu’à la fin de la conférence a été fait en concertation avec Brahim. Mais il viendra à Alger. C’est une question de temps. Ce qui est certain, c’est qu’il arrivera avant notre départ d’Alger…
Par Salima Tlemçani
El Watan 15 janvier 2010
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vendredi 21 août 2009
Tartit (Mali):Chants populaires et sacrés des Touaregs

Mohamed Ag Amano
Rien n’est plus évocateur des fascinantes étendues du Sahara que la musique de Tartit, un groupe Touareg composé de cinq femmes et quatre hommes vivant dans la région de Tombouctou. Tartit joue une musique hypnotique, quasi envoûtante, qui transporte dans l'univers mystique, sensuel et festif du quotidien Touareg ou plutôt Kel Tamachek comme ils préfèrent se nommer eux-mêmes. Les femmes, assises, chantent et jouent des rythmes “cycliques” sur leurs tambours, tandis que les hommes chantent et jouent d’instruments à cordes, acoustiques et électriques.
Les hommes sont voilés par le chèche traditionnel, les femmes ne le sont pas. La société Touareg, qui est la branche nomade du peuple berbère/amazigh, est l’une des seules en Afrique à permettre aux femmes de choisir leur mari et d’en divorcer. Les chants poétiques sont chargés d'une tradition millénaire transmise par les aggouten (équivalent du griot, issu d'une caste de forgerons et d'artisans). La musique accompagne les jours de fête, de Ramadan, les mariages, les baptêmes, les divorces aussi. Si les thèmes sont plus généralement l'amour, l'exil et les récits épiques, ils sont aussi chroniques de la vie quotidienne voire critiques sociales.
Trois types d'instruments sont utilisés : l'Imzad, vielle monocorde, autrefois réservée aux femmes nobles et le tindé, mortier de bois recouvert d'une peau de chèvre, jouée jadis par les seules femmes des tribus de serviteurs. Seul instrument joué par les hommes, le Tehardant est un luth à trois cordes, instrument du poète et du conteur qui se retrouve dans de nombreuses ethnies voisines.
C'est autour d'Amano ag Assa, aggouten - griot - authentique de la grande famille des Kel Antesssar de la région de Tombouctou (Mali), de Mama (Walet Amoumine), et de Disco (Fadimata Walett Oumar) que le groupe fut fondé, lors des soulèvements Touaregs contre le pouvoir central malien du début des années 90, dans le camp de réfugié de Bassikounou, en Mauritanie. Le groupe joua dans un premier temps, dans de petites villes proches du camp, leur situation de réfugiés sans-papiers ne leur permettant pas de jouer à Nouakchott, la capitale mauritanienne.
En 1995, avec l'appui du H.C.R. et du Centre Culturel français au Sénégal, le groupe se produit aux "Printemps des Cordes" à Dakar où il rencontre un grand succès. La même année, le groupe est invité par le festival "Voix de Femmes" à Liège, en Belgique. Depuis les accords de paix et le retour des réfugiés, le groupe est de retour au Mali et donne de nombreux concerts à l'étranger, jouissant de la normalisation de ses relations avec les autorités et de la reconnaissance de son peuple
Publié par mouvement de la jeunesse touaregue pour la justice et le developpement à 21:17 0 commentaires
lundi 17 août 2009
déclaration de Tin Hinan délivré au 2ième session de méchanisme d’experts sur les droits des peuples autochtones
Déclaration de L’association Tin Hinan soutenue par IPACC
Item 4 – Déclaration des Nations unies sur les Droits des peuples autochtones 2eme session du mécanisme d’experts sur les droits des peuples autochtones
Madame la Présidente Distingués Membres du mécanisme Délégués Chers frères et sœurs ,
Remerciements. Nous félicitons la présence de la Commission Africaine des DH et des PA à travers le commissaire Musa BITAYE, Président du Groupe de travail sur les Droits des peuples Autochtone en Afrique. Le professeur n’a ménagé aucun effort durant la période de son mandat pour promouvoir et protéger les droits des PA en Afrique, nous lui exprimons à cette effet toute notre gratitude et l’invitons à continuer son engagement même après la fin de son mandat.
Nous saluons et encourageons le professeur Anaya pour le travail si important qu’il fait afin d’accomplir son mandat de rapporteur spéciale sur les Droits des Peuples Autochtones .
Nous félicitons l’Organisation Internationale du Travail et ses partenaires : La Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples (à travers son Groupe de travail d’Expert sur les Populations/Communautés Autochtones) et le Centre des Droits de l’homme de l’Université de Prétoria pour le rapport d’étude qu’ils viennent de finaliser sur le cadre constitutionnel, législatif et administratif relatif à la protection des droits des peuples autochtones en Afrique.
Nous félicitons Ipacc (Comité de Coordination des Peuples Autochtones D’Afrique) et ses partenaires technique et financier dont le Haut Commissariat aux Droits de l’homme, et la Commission Africaine des Droits de l’homme représenté par Madame Soyata MAIGA, qui en collaboration avec l’Association Tin Hinan ont tenue du 19 au 24 Juillet à Bamako, Mali un atelier sur la planification stratégique pour la mise en œuvre des principe de la déclaration des Nations Unie dans les Instruments juridiques Africains.
C’était la première fois que le Mali à travers son Ministère de la justice et le Haut Conseil des Collectivités Territoriales a annoncé qu’il s’engagera à promouvoir et à mettre œuvre la déclaration sur les Droits des Peuples Autochtones au Mali.
Nous demandons à tous ces acteurs de poursuivre les activités au niveau national, régional et international et de continuer à collaborer ensemble pour promouvoir et protéger les Droits des peuples autochtones à travers les cadres juridiques existant et particulièrement la Déclaration sur les DH des Peuples Autochtones. Situations. Madame la Présidente, bien que la déclaration ait été approuvée par une grande majorité des Etats Africain à travers le groupe Afrique des contradictions, des ambiguïtés et des inconstances demeurent encore sur le terrain.
L’enquête de 2007 du groupe de travail de la commission africaine effectuée au Niger, en février 2008, rapportant que le gouvernement du Niger exprimait clairement que la notion de peuples autochtones est étrangère au Niger et qu’aucun groupe ne peut se réclamer d’être autochtone ; le Programme Conjoint Droits Humains et Genres (PCDHG) qui a pour objet la promotion des droits humains, dit ne pas avoir dans son mandat la promotion de droits des Peuples Autochtones. Cet organe est pourtant le principal créé conjointement avec les Nations Unies pour promouvoir les droits des Peuples Autochtones. Les agences du système des Nations Unies, particulièrement le PNUD, ne mettent pas en œuvre l’article 42 de la DDPA, ni la convention de l’OIT et ne donne pour le moment pas signe de volonté de mise en œuvre à court terme de leur intention ; pourtant, dans certains pays d’Asie, les agences des Nations Unies ont fait un travail considérable et ont facilité les cadres de concertation entre les Etats, les orgqnisations et peuples autochtones. Ils ont créé des programmes spécifiques pour la promotion des droits des Peuples Autochtones.
En conclusion très peu d’activité ce font en Afrique pour la promotion et la protection des Doits des Peuples autochtones par les Etats et le systèmes des nations unies.
J’aimerai également souligner l’insécurité montante dans la bande saharo sahélienne du à la convoitise de l’exploitation des ressources naturelles, et intérêts géopolitiques. C’est ainsi qu’une grande partie du Sahara Centrale, terre ancestrale des Kel Tamachek (touareg) et d’autres peuples nomades est transformée en champ de guerre entre les groupes appelé « Terroristes » ou « Islamistes » et les armées régulières des Pays dans lesquelles se trouvent cette région, les mouvements de lutte armée autochtones sont accusées de faire parties de ces groupes. Dans certains pays ce sont les militaires issues des communautés autochtones qui représentent les armées régulèrent que ces Groupes appelé « Terroristes » déciment ;. Au nom de la lutte contre le terrorisme les Etats favorisent et financent des rencontres communautaires pour encourager cette situation. Paradoxalement nous savons bien qu’en Afrique et surtout dans la région du Sahara nous vivons dans une zone désertique avec ces difficultés et conséquences (manque d’eau, de nourriture, changement climatique, absence d’infrastructure de base etc.). Dans les Pays comme le Niger l’exploitation de l’uranium a déjà vidé 40 %de la nappe phréatique, ces nappes sont également infectées pour une durée de 4 milliard d’années. Les populations autochtones de cette région de l’Air sont expropriés de force par L’Etat et les compagnie minières d’exploitation sous couvert de la constitution national qui dit que la terre appartient à l’Etat.
Recommandations. Nous recommandons au système des Nations Unies d’intégrer la promotion des droits des Peuples Autochtones dans tous les programmes qu’ils appuient au niveau des pays. Nous recommandons une proche collaboration du MRIP, Haut Commissariat aux Droits Humains et la Commission Africaine des DH et des Peuples pour une meilleure promotion et protection des Droits des peuples autochtones en Afrique et particulière à travers la Déclaration sur les DH des PA, la convention 169 de l’OIT et le rapport de la CADHP sur les droits des PA en Afrique.
Nous recommandons au système des Nations Unies, et autres partenaires de développement d’appuyer les organisations et peuples autochtones en Afrique afin qu’ils puissent être en mesure de participer pleinement à la promotion et protection des Droits de leur Peuples et à son développement selon la déclaration sur les droits des peuples autochtones et la convention 169 de l’OIT . Nous recommandons au Haut Commissariat des DH en collaboration avec la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples et les organisation autochtones de tout mettre en œuvre pour organiser des forums de concertation régionaux en Afrique sur la question de la promotion et protection des droits des peuples autochtones en Afrique en particulier sur la promotion et la mise en œuvre de la déclaration sur les droits des Peuples autochtones en Afrique.
Je vous remercie.
Publié par mouvement de la jeunesse touaregue pour la justice et le developpement à 19:00 0 commentaires
dimanche 16 août 2009
Furigraphie :Mots et gestes d'un poète et peintre touareg, Hawad
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Dans le travail d'écriture autant que de peinture que je mène depuis près de vingt ans, mon objectif a été de tenter de dépasser le pouvoir clos des mots, des signes et des représentations. Sur le plan graphique, ma démarche est partie d'un outil hérité de mes ancêtres, les signes tifinagh (alphabet touareg) dont je m'empare pour les pousser au bout de leur trajectoire, que je détourne, décompose et recompose pour les remettre en mouvement . C'est cela que j'ai appelé la « furigraphie », furieuse comme le cri de rage qui fait voler en éclat les barrières, les entraves et les immobilismes les plus fossilisés. La furigraphie est un moyen de sortir de soi, d'arriver à un surnomadisme hors d'un temps et d'un espace confisqués, de dessiner un soi multiple et insaisissable, doué d'ubiquité. C'est une tentative pour dépasser les contraintes, les contradictions et l'écartèlement entre passé, présent et futur, entre intérieur et extérieur, entre soi et les autres. Et l'horizon n'est pas seulement devant nous, il est aussi celui qui nous épaule et que nous halons. Il faut faire fusionner ces horizons, les malaxer et les réinventer, fabriquer les passerelles de paraboles et de paradoxes pour obtenir un tissage inédit. Pour moi, voici la force même de la poésie et de l'art. Recycler en surnomadisme le nomadisme exclu de son espace et de son temps... »
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Le Président du CMA s’entretient avec le Rapporteur Spécial des Nations Unies pour les droits des peuples autochtones

M. LOUNES aux côtés de M. ANAYA
Genève
En marge de la session du Mécanisme d’Experts des Nations Unies sur les questions autochtones qui se déroule actuellement au Palais des Nations à Genève, Belkacem Lounes, Président du Congrès Mondial Amazigh, s’est entretenu ce mardi 11 août 2009, avec M. James Anaya, Rapporteur Spécial des Nations Unies sur les droits et les libertés des peuples autochtones.
Au cours de l’entretien, le Président du CMA a exposé à M. Anaya, les situations qui prévalent dans les différentes régions de Tamazgha. Il a notamment évoqué le racisme et les discriminations anti-amazighes, les arrestations et détentions arbitraires des Amazighs dans les différents pays, les violations de leurs droits et libertés de réunion et d’association, la question de l’impunité, la spoliation de leurs terres et ressources naturelles par les Etats (gaz, pétrole, minerais, eaux et forets), la militarisation du pays Touareg et de la Kabylie et ses effets meurtriers, la destruction des forets et des champs par des feux allumés par les services de sécurité algériens en Kabylie et l’absence ou le peu de considération pour la langue et la culture amazighes dans les différents pays.
Le Président du CMA a également informé le Rapporteur Spécial de l’existence de mouvements pour l’autonomie de certains territoires amazighs (Kabylie, Rif…) conformément au droit international et l’a alerté sur les dangereuses tentatives de diabolisation de ces mouvements pourtant pacifiques et démocratiques. ‘’Les lobbys panarabistes et islamistes bien implantés au sein des gouvernements en Afrique du Nord n’hésitent pas à qualifier les Amazighs de Juifs et/ou de traitres dès lors qu’ils revendiquent leur amazighité, sans jamais être inquiétés par la justice’’ a déclaré Belkacem Lounes à M. Anaya.
Le Président du CMA est également revenu sur les harcèlements policiers subis par les membres de son organisation récemment en Kabylie et par les mauvais traitements infligés aux membres non algériens du CMA. ‘’Aujourd’hui, le gouvernement algérien est entrain de fermer la Kabylie au reste du monde afin d’accomplir ses exactions à huis clos’’ a-t-il expliqué.
Pour finir, Belkacem Lounes a remis un rapport au Rapporteur Spécial des Nations Unies et l’a invité à effectuer une visite d’inspection dans un des pays de Tamazgha.
M. James Anaya a remercié le Président du CMA et lui a demandé de le tenir informé sur tous les événements futurs. Il a promis qu’il allait examiner de près la possibilité de se rendre dans un proche avenir dans au moins un des pays de Tamazgha.
Publié par mouvement de la jeunesse touaregue pour la justice et le developpement à 00:47 0 commentaires
La France, le Niger et les Touregs
La France a appelé lundi 10-11-2009 le Niger à "retrouver rapidement un cadre constitutionnel et démocratique", après l’adoption d’une nouvelle Constitution qui permet au président Mamadou Tandja de rester au pouvoir au delà de la fin prévue de son mandat. Fin de citation, pardon fin de la comédie française". Maintenant en ce qui nous concerne nous, les victimes de la politique francaise en Afrique du Nord, n’est il pas temps de chercher des vrais allies ?
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lundi 10 août 2009
Les Gens Du Sud : Le peuple Touareg
Les Touareg sont un peuple d'environ 1 million d'individus dont une minorité vit au Sahara central (Ahaggar, Tassili, Aïr, Adrar des Iforas .tombouctou ) et la plus grande partie dans le Sahel au Mali et au Niger. Leur langue est le Tamacheq (Tamachaq au mali ou Tamajeq au Niger, Tamahaq en Algérie), un dialecte berbère, qui s'écrit traditionnellement en caractères tifinagh (ou tifinar). On peut écrire "des Touaregs" ou "des Touareg", et dire "un Targui" ou "un Touareg". Eux-mêmes se disent des Kel Tamacheq, "ceux qui parlent le tamacheq".
Histoire des Touareg
Les Touareg descendent de tribus berbères refoulées dans le désert par les invasions des Beni Maqil du XIe siècle. Auparavant, ils habitaient au sud du maroc aux environs du grand centre caravanier de Sigilmassa. Au XVIe siècle, Léon l'Africain retrace les migrations des Touareg vers le sud et leur expansion, soumettant les Haoussas de l'Aïr (XIV e siècle) et cherchant à s'imposer sur la boucle du Niger, à Tombouctou et à Gao, contre le Mali (XIVe-XVe siècle), l'Empire songhaï (XVe-XVIe siècle), les expéditions marocaines (XVIIIe siècle) ou contre les Peuls (XIXe siècle).
Au début de l'expansion coloniale européenne, des explorateurs entrent en contact avec eux (Barth 1850-1855; Duveyrier 1859-1861). Les Français signent des traités commerciaux (1862) qui n'entrent pas en vigueur, les Touareg se refusant à laisser traverser le Sahara. Ainsi toute une série d'actions sanglantes de leur part (1880, massacre de la division Flatters) oriente différemment la politique française. En 1898 part l'expédition Foureau-Lamy qui, quelques années plus tard, réussit à occuper militairement le Touat et la région du Tidikelt. Une répression très dure, l'action militaire et diplomatique du général Laperrine assurent la prépondérance des Français, qui contrôlent tous les centres vitaux du commerce.
Actuellement les Touareg sont répartis principalement dans les États du Mali, du Niger, de la Libye et de l'Algérie. Leur hiérachie sociale, leur islamisme très mitigé, la remise en question de leur genre de vie nomade, du fait de l'évolution économique ou de la sécheresse, posent des problèmes importants aux gouvernements intéressés. La crise que connaissent les régions du Nord du Mali et du Niger aujourd'hui résulte non seulement du caractère artificiel des frontières héritées de la colonisation, mais aussi de la politique menée dans ces pays depuis les indépendances qui marginalise les Touaregs. Depuis quelques années les Touareg mènent une rébellion armée dans de nombreuses régions du Niger et du Mali.
La vie sociale
Les Touareg forment une société hiérarchisée, dont on retrouve les différentes classes sous des noms divers au Sahara comme dans le Sahel. Au sommet de cette société se trouvent les Imouchar-Imajeren, nobles, autrefois chargés des guerres et du pillage, vivant des redevances de leurs protégés et de l'élevage des chameaux. Viennent immédiatement après les Ineslimen-Cheriffen, "Touareg marabouts", lettrés en langue arabe, instruits en religion islamique, ils jouent souvent le rôle d'enseignants et de juges; quelquefois, cette classe n'existe pas, ainsi chez les Touareg ahaggars. La dernière classe est celle des Imraden, hommes libres mais vassaux et tributaires des nobles, à qui ils versent des redevances, aujourd'hui officiellement supprimées; kel oulli, "gens des chèvres", comme la langue berbère les désigne, ils élèvent des moutons, des chèvres et quelques chameaux. Actuellement, cette organisation en castes tend à disparaître mais pas l'identité touarègue (temoust). Leur civilisation et leurs coutumes distinguent nettement les Touareg. Tandis que les femmes sortent à visage découvert, les hommes portent un long turban, le litham, qui, les protégeant des sables du désert, peut être aussi symbole de pudeur et de dissimulation. Très attachés aux traditions berbères, ils recouvrent leur corps d'amulettes. Les Touareg sont dans l'ensemble peu arabisés. Ils sont monogames et la filiation s'établit par les femmes; l'enfant appartient à la tribu et à la classe sociale de sa mère. Une grande liberté semble exister entre les sexes et les réunions poétiques et musicales sont l'occasion de rapports très libres entre hommes et femmes.
La femme touarègue jouit d’un statut privilégié dans la mesure où elle bénéficie d’une autonomie et d’une écoute au sein de la société. La tente lui appartient et, en cas de malentendu entre les époux, l’homme sera chassé par la maîtresse des lieux.
Les Touareg forment des confédérations de petites tribus. Les quatre confédérations du Sahara sont au nord celle des Ajjers, petits éleveurs de chèvres et de chameaux dans les vallées tassiliennes et en Libye; au centre celle des Ahaggars; au sud-ouest celle des Iforas, éleveurs de moutons et commerçants; au sud-est, dans l'Aïr, celle des Kel Ouis, éleveurs et commerçants de sel (Bilma). Parmi ces confédérations, plus ou moins désorganisées et dont de nombreux membres travaillent aujourd'hui "au pétrole", celle des Kel Ahaggars, dans les vallées bien protégées de l'Atakor, garde plus intacte sa civilisation. C'est chez elle qu'est choisi l'aménokal, chef suprême des Touareg. N'ayant plus les ressources de la razzia ni celles provenant des transports de sel et de mil, les Ahaggars tirent leurs revenus de leurs troupeaux et de l'exploitation des oasis confiées en métayage à des Noirs affranchis, les Harratines; l'époque des récoltes (avril) ramène ainsi chaque année les nomades Touareg au voisinage des oasis.
Activités économiques
le commerce caravanier a pratiquement disparu. On rencontre cependant, encore, quelques "dernières caravanes" qui traversent le désert du Sahara. L’activité économique principale demeure l’élevage. La gestion des pâturages, rares, implique des déplacements fréquents. Cela explique le nomadisme pastoral pratiqué par les Touaregs. Actuellement, sous l’effet des sécheresses qui ont décimé une grande partie de leur bétail, les Touaregs tendent à développer des activités économiques moins sujettes aux aléas climatiques, comme l’agriculture, le jardinage, l’artisanat, le tourisme, etc.
Les Touaregs vivant dans les régions du sahel, sédentarisés pour la plupart de longue date, pratiquent l’agriculture. Ils cultivent essentiellement le mil et le sorgho (gros mil). Quant à l’artisanat, très riche et diversifié, il a connu un essor particulier ces dernières années grâce, notamment, au développement du tourisme. Dans certaines régions sahariennes, en effet, le tourisme est devenu la plus importante activité économique
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